Affichage des articles dont le libellé est David Jay. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est David Jay. Afficher tous les articles

29 sept. 2012

2012 : Intégration des asexuels dans les mouvements LGBTQ

La semaine dernière, David Jay (pour ceux qui ne suivraient pas, c'est le fondateur d'AVEN) a fait une vidéo où il explique ce qui s'est passé en 2012, et comment le travail de visibilité a vraiment commencé à décoller.
J'ai fait des sous-titres en français. S'ils ne s'affichent pas automatiquement, il faut cliquer sur l'icône de gauche dans la barre en bas.


Transcript :

Salut, c'est DJ. Je voulais vous tenir au courant du super travail de visibilité qui s'est fait ici aux USA pendant l'année 2012.

Beaucoup d'entre vous savent que 2012 a été une grosse année pour le mouvement asexuel. On a été à la World Pride pour la 1ère fois, en grande partie grâce à Michael Dorray[?] (UK) qui a été super, vraiment génial. Et c'est une année où, plus que jamais auparavant aux USA, on a commencé à s'intégrer au mouvement LGBTQ, qui est est une force politique vraiment active, vraiment puissante, et c'est surtout grâce au travail de Asexual Awareness Week qui a démarré l'année dernière et qui nous a vraiment rendu plus connu, et aussi grâce à Angela Tucker et au documentaire incroyable qu'elle a produit.

Voilà ce qui s'est passé cette année.

Début février je crois, on est allé à une conférence qui s'appelle Creating Change. C'est LA grande réunion que les militants LGBTQ ont aux USA, et tous les grands noms étaient là : les gens qui se battent pour le mariage pour tous, les gens qui se battent pour aider les jeunes trans, etc. Et on a passé notre documentaire.

On ne s'attendait pas à ce qu'il y ait beaucoup de monde, la plupart des activités à Creating Change attirent une quinzaine de personnes. On a eu 150 personnes. On a rempli la pièce, c'était plein à craquer, parce qu'en fait, il y a des tonnes et des tonnes d'associations où il y a des asexuels, ou à qui des asexuels sont venus demander de l'aide ou des espaces pour eux, et qui n'ont pas su comment créer ces espaces pour les A, les asexuels gris et les demi-sexuels. Alors des tonnes de gens sont venus !

Après ça on a eu une grande assemblée, deux grands groupes, où tous les asexuels de la conférence se sont réunis et ont parlé de comment on pourrait changer la façon dont les A, les A gris et les demis sont vus par la communauté LGBTQ. C'était vraiment génial. Et cette année, on a vu les effets de tout ça.

Donc ça a commencé avec un truc qui s'appelle le projet Trevor, que vous connaissez peut-être. Le projet Trevor c'est comme une hotline, c'est une permanence téléphonique à  l'écoute des jeunes LGBTQ, en particulier les jeunes qui pensent au suicide. [...] ils ont aussi un forum, et ils ont décidé qu'ils allaient vraiment donner de l'importance aux expériences asexuelles dans la formation que reçoivent les gens qui répondent à la hotline, et ils vont ajouter des services pour les asexuels. Et ils ont eu beaucoup de réactions négatives à cause de ça. Des gens qui n'avaient pas entendu parler de la communauté asexuelle, et qui ne savaient pas de quoi il retournait, ont écrit au projet Trevor "Vous devriez vous concentrer sur les jeunes LBGT, les jeunes queer. Vous n'êtes pas censés vous occuper de ça." Mais le projet Trevor a dit "Non, la communauté A fait partie des gens qu'on représente, ce sont des jeunes qui ont des difficultés, qui se sentent isolés, et on veut que notre service leur soit accessible aussi."

Donc j'ai été faire une présentation chez eux, et les réactions ont été incroyablement positives. C'est simplement la première organisation, parmi beaucoup d'autres qui aident les gens, qui veut vraiment comprendre l'asexualité, et l'inclure dans ce qu'ils font. On a besoin de gens qui puissent contacter cette organisation et les aider à comprendre comment être au service de notre communauté. Et on a encore plus besoin de gens qui sont A gris et demi-A et qui puissent faire ce genre de travail d'éducation, parce que beaucoup de ceux qui sont déjà en train de le faire, comme moi, sont asexuels.

Donc c'est la 1ère chose importante qui s'est passée. La 2e chose qui est arrivée, qui est tellement incroyablement énorme, c'est qu'on a reçu un coup de fil du National Gay and Lesbian Task Force,
c'est un des groupes les plus importants qui milite au niveau politique aux USA. Et le groupe de travail (le NGLTF) a dit qu'ils allaient créer un document qui serait un début de projet de loi anti discriminations et qu'ils distribueraient ça dans toutes les villes et à tous les conseils régionaux des USA. Dans cette proposition de loi, ils définissent l'orientation sexuelle comme hétéro, homo ou bisexuelle, ce qui veut dire qu'il est interdit de faire de la discrimination en fonction de si quelqu'un est hétéro, homo ou bi. Et ils nous ont appelé pour nous demander si on voulait qu'ils ajoutent l'asexualité à la liste, parce qu'ils nous avaient vu être très présents à la conférence. Parce qu'ils ont commencé à voir d'autres organisations qui s'intéressaient à nous, ils ont voulu faire la démarche de nous intégrer.

D'abord, c'est une immense victoire. On a déjà l'état de New-York qui protège des discriminations
les gens qui sont asexuels. Si d'autres états et d'autres villes peuvent commencer à prendre des mesures similaires, c'est pas seulement une bonne base de travail légalement, mais c'est une formidable déclaration, dont on pourra se servir quand on fera d'autres types de choses comme un signe de notre légitimité dans le monde. C'est énorme. Ce n'est pas seulement énorme pour les implications légales, mais c'est énorme parce que c'est un signe que des organisations à but non lucratif qui se battent tous les jours pour soutenir les LGBT, pour réformer les services de santé,
pour réformer le système légal, que ces organisations veulent toutes inclure les asexuels maintenant. C'est vraiment la 1ère année que, de façon générale, on est remarqué et qu'on veut visiblement être inclus. Donc c'est le moment de rentrer en contact avec ces organisations et de leur faire savoir comment ils peuvent nous comprendre, s'associer à nous, et travailler avec nous pour faire changer les choses.

Si je vous raconte ça, c'est que j'espère que ça vous encouragera à commencer à chercher des organisations avec lesquelles on peut s'associer. C'est aussi pour que vous sachiez que la prochaine conférence Creating Change approche. C'est fin janvier et on est déjà en train de proposer des présentations. On espère que cette année on sera vraiment très présents à la conférence, parce que cette année les gens vont vraiment chercher à intégrer l'asexualité à ce qu'ils font. Je sais que moi je vais y aller, des gens de Asexual Awareness Week vont y aller, des gens de l'équipe Projet (d'AVEN) vont y aller, il y aura un certain nombre de militants de tout le pays qui vont aller à Atlanta pour cette conférence, et ça devrait être vraiment cool.

Donc si vous voulez venir avec nous, ou si vous voulez rentrer en contact avec des organisations dans votre région, ou si vous avez envie d'assister à une conférence, alors contactez-moi (david at asexuality point org) et je tacherai de vous mettre en contact.


3 mars 2012

Et si on inversait le scénario

Un texte un peu plus léger cette fois-ci, traduction de Fun Times Flipping the Script, publié par David Jay en décembre 2006.


Notez bien que les questions se veulent facétieuses, et ne sous-entendent pas que la sexualité humaine est anormale ou malsaine ; pour la majorité des gens, c'est tout à fait normal et sain. Le but de ces questions est de contester l'idée que tout les gens sont naturellement sexuels ou devraient l'être.

1) D'après vous, qu'est-ce qui a causé votre sexualité ?

2) Quand et comment avez-vous décidé d'être sexuel, et pourquoi ce choix ?

3) Est-il possible que votre sexualité soit juste une phase dont vous sortirez ?

4) Est-il possible que votre sexualité provienne d'une peur névrotique d'interagir avec les gens et pas seulement leurs corps, ou bien d'une obsession névrotique avec les corps, ou pire, une incapacité à voir au-delà des corps ?

5) Les sexuels ont un passé de relations asexuelles ratées, n'étant pas capable d'être très proche de quelqu'un sur un plan non sexuel. Pensez-vous que vous soyez devenu sexuel par peur de l'intimité émotionnelle ?

6) Si vous n'avez jamais eu de relation vraiment intime avec quelqu'un sans tout le fouillis qui arrive quand on rajoute le sexe et les fluides corporels, comment savez-vous que vous ne préfèreriez pas ça ?

7) Si la sexualité est normale, pourquoi y a-t-il une telle variété parmi les attirances sexuelles, les libidos et les désirs ?

8) La sexualité et les activités sexuelles peuvent indiquer un dérèglement hormonal ou psychologique, ou même des lésions cérébrales. Avez-vous envisagé de faire tester vos hormones ou de subir une évaluation psychologique ?

9) Beaucoup de ceux qui ont été abusés sexuellement quand ils étaient enfants ou adolescents extériorisent cela par le sexe et deviennent très sexuel ensuite dans leur vie. Avez-vous été victime d'abus sexuels enfant ou adolescent ? Est-ce que c'est pour ça que vous êtes sexuel ?

10) A qui avez-vous révélé vos tendances sexuelles ? Comment ont-ils réagi ?

11) Votre sexualité ne me gène pas tant que vous me laissez tranquille, mais pourquoi tant de sexuels essaient de séduire les autres et de les attirer dans cette orientation ?

12) Si vous souhaitez élever des enfants, voudriez-vous qu'ils soient sexuels, sachant les problèmes auxquels ils auront à faire face, toutes les complications qu'ils devront affronter dans leurs relations et dans leur vie ?

13) La majorité des pédophiles, des violeurs et des agresseurs sont sexuels. Est-ce que vous considérez qu'il est prudent d'exposer vos enfants aux sexuels ? Aux professeurs sexuels, en particulier ?

14) Pourquoi les sexuels se sentent-ils obligés de le montrer, de se donner en spectacle avec leur sexualité ? Vous ne pouvez pas simplement être ce que vous êtes discrètement ?

15) Le sexuels assignent toujours à leurs relations des catégories étroitement définies, "partenaire" ou "ami". Pourquoi est-ce que vous vous accrochez à une catégorisation des relations si malsaine et restrictive ? Pourquoi est-ce que vous ne pouvez pas simplement aimer ?

16) Comment est-il possible d'avoir une relation complètement épanouissante et des émotions profondes avec une autre personne quand on est préoccupé par le sexe et ce que fait notre corps ? Comment est-ce que deux personnes peuvent réellement être intimes si elles passent leur temps à voir et à traiter l'autre comme un objet sexuel, ou à chercher à se satisfaire sexuellement ?

17) Les couples de sexuels ont un soutien entier de la société, et pourtant les divorces et les séparations difficiles continuent à provoquer de grandes souffrances aux sexuels. Pourquoi y a-t-il si peu de couples stables ?

18) Comme la sexualité et les problèmes qui en découlent sont très pénibles pour beaucoup de gens, il y a des techniques qui ont été développées pour aider les sexuels à changer. Avez-vous envisagé d'essayer une thérapie par les hormones ou une cure de déconditionnement ?

19) Comment les sexuels arrivent-ils à se concentrer alors qu'ils doivent gérer les manifestations constantes de l'attirance sexuelle et de leur libido, et qu'ils passent du temps et de l'énergie à rechercher des partenaires sexuels ?

20) Un nombre disproportionné de criminels et d'irresponsables en tout genre sont sexuels, et il existe tellement de comportements autodestructeurs, brutaux et oppressifs qui sont sexuels par nature. Alors comment est-ce possible que la sexualité soit normale et saine ?

21) Il y a tellement de gens sexuels qui n'acceptent d'être intimes avec quelqu'un sur le plan émotionnel que si leur relation est sexuelle. Pourquoi les sexuels sont-ils si frigides émotionnellement ?

22) Peut-être que vous croyez être sexuel juste parce que vous n'avez pas encore rencontré la bonne personne. Pensez-vous que vous vous tourniez vers la sexualité par désespoir parce que vous n'êtes pas comblé émotionnellement ?

23) Il y a tellement de risques corporels inhérents à la sexualité, notamment les IST et les grossesses non désirées, sans parler de la frustration et des risques émotionnels en particulier dans un couple sexuel ensemble depuis longtemps. Pourquoi qui que ce soit voudrait être sexuel ?

24) Pourquoi est-ce que les sexuels ont besoin que quelqu'un les désire sexuellement pour se sentir exister ? Pourquoi sont-ils si complexés ?

7 nov. 2010

Confessions d'un asexuel dévergondé - 3ème partie

Ce texte est une traduction de Confessions of an Asexual Slut, Part 3: Doin'It, publié par David Jay en janvier 2007.


Je fonde mon intimité sur mes communautés. Ça signifie que ce que la plupart des gens font dans leur relation avec leur petit(e) ami(e), leur mari ou leur femme, je le fais dans ma relation avec ma communauté toute entière. Comme je suis asexuel, je ne pourrais pas sortir avec quelqu'un au sens strict même si je voulais. Et pendant longtemps c'était vraiment déroutant, parce que si je ne sortais avec personne, je n'avais aucun moyen de savoir de qui j'étais censé être amoureux et qui étaient simplement mes amis. Sans des cases comme ça où mettre leurs relations avec les autres, beaucoup de gens se sentent seuls et isolés. C'est pour cette raison que les gens qui ne peuvent pas être avec quelqu'un au sens traditionnel, comme les asexuels, cherchent des façons moins traditionnelles de voir les relations. Celles-ci vont de sortir avec quelqu'un sans avoir de relations sexuelles à redéfinir radicalement la façon dont on décrit et catégorise les relations, en passant par le mélange d'éléments tirés des relations amoureuses traditionnelles et des relations d'amitié classiques. L'intimité fondée sur les communautés est un système pour voir les relations qui soutient qu'on ne peut pas attribuer d'importance particulière à un(e) petit(e) ami(e), ni même à un petit noyau de partenaires. L'idée centrale est qu'il faut voir chaque relation de la même façon que les autres, parce que toutes les relations ont leur importance. Voici un aperçu de la manière dont ça se présente pour moi actuellement.

J'ai trois relations principales, une douzaine de relations secondaires, et encore environ une centaine de personnes avec qui je suis en contact. Une de ces relations principales est avec une personne, et les deux autres sont avec des groupes, ce qui veut dire que j'ai environ neuf personnes au total qui constituent collectivement ce qui serait pour la plupart des gens un(e) petit(e) ami(e). Ça a ses avantages et ses inconvénients. C'est relativement stable et il y a beaucoup de variété, mais l'emploi du temps peut devenir un cauchemar. J'y reviendrai plus tard.

Je commence par ma relation principale la plus traditionnelle, avec mon amie Karuna. Karuna et moi avons toujours eu un lien très fort et créatif. On est tous les deux des gens assez publics, et notre relation est construite autour du soutien que l'on s'apporte quand l'un de nous doit prendre des risques. On chante du karaoké, on improvise des chorées compliquées sur la piste de danse, et on passe des heures à siroter du thé en réfléchissant à nos vies. Quand on se voit, il y a toujours cette énergie de création et de soutien entre nous, sur laquelle j'ai appris à compter. C'est en partie grâce à elle que je ne stresse plus à l'idée de passer à la télévision.

On se voit une fois par semaine ou plus, généralement pour faire des choses qui impliquent pas mal de rires et d'expression en public. On partage de la tendresse et on a l'intention de continuer à être là l'un pour l'autre, au moins pour le moment. Karuna a aussi un petit ami, et on voit bien que sa relation avec lui et sa relation avec moi sont complémentaires. Je commence à devenir ami avec lui aussi.

Ma relation principale suivante est avec On Your Left, un groupe activiste qui aime raconter des potins, danser, partir dans des aventures sophistiquées et faire des remous. Comme ma relation est avec trois personnes et non une seule, elle est plus fiable (puisqu'il est presque sûr qu'au moins un membre du groupe sera là), mais c'est plus difficile de ressentir le type de connexion émotionnelle intense qu'on peut avoir dans une relation à deux. Ce n'est pas un problème ; le soutien, le confort et la réflexion sont ce que je retire de ma relation avec Karuna. Ma relation avec On Your Left est le lieu où repousser les limites et enfreindre les lois, même si on n'enfreint vraiment la loi qu'au service de la justice sociale. On se voit une fois par semaine pour faire vingt kilomètres en vélo et rollers dans San Francisco. On passe la première moitié de la randonnée à discuter des questions politiques de San Francisco et du monde entier, et la deuxième moitié à papoter sur nos vies amoureuses. On se retrouve aussi le week-end pour manger et aller danser, et nos racines activistes font de nous un foyer pour mener des actions politiques. Il y a quelques heures, on s'est tous réuni pour s'opposer à une campagne de communication de plusieurs millions de dollars, avec des résultats assez remarquables.

Donc voilà, j'ai un endroit où je suis à l'abri et un endroit où m'exciter, la seule chose qui manque est un endroit où être à l'aise. C'est bien beau l'intensité, mais d'après mon expérience, le plus difficile dans une relation est d'être à l'aise ensemble sans rien faire de spécial. La Hutte à pizzas, un groupe vaguement constitué de mes colocataires et de leurs amis les plus proches, est ma famille et mes attaches ici à San Francisco. Depuis un an et demi que je vis ici, on a tissé des liens fabuleux, et je sais que quoi qu'il arrive, j'aurai un endroit où je pourrai me détendre, dire des bêtises et laisser tout le reste s'effacer.

Ça s'appelle La hutte à pizzas parce que quand j'ai emménagé, quelqu'un a fait la remarque qu'avec trois garçons célibataires dans un appartement, tout ce qu'il y aurait dans notre frigo serait des pizzas surgelées et de la bière. On est du genre à faire tous nos légumes en beignets et à regarder Présentateur vedette : La Légende de Ron Burgundy. En fait, on fait exactement ça au moins une fois toutes les six semaines. On s'amuse beaucoup à décorer le salon (des pirates), la cuisine (des images de porc et de produits dérivés) et la salle de bain (des acteurs célèbres dans une baignoire ou dans des positions sexuelles inconfortables). On fait à manger ensemble, on part en week-end, et on ne compte plus les traditions qu'on a accumulées.

Ces trois relations sont au coeur de ma vie. Je fais quelque chose avec chaque personne ou groupe une fois par semaine sinon plus, et à elles trois elles me donnent une bonne partie des expériences que je veux dans ma vie, que ce soit danser, me battre pour les idées auxquelles je crois, ou cuisiner des plats raffinés. Pour le reste, il y a mes relations secondaires, des amis que je vois moins souvent ou qui sont loin, qui remplissent le reste de ma vie et de mon calendrier. Ce sont des gens ou des groupes de gens que je vois une ou deux fois par mois. Ces relations peuvent être aussi diverses que les services d'un professionnel, des artistes du spectacle ou de nouvelles relations prometteuses qui rivalisent pour le statut de principale.

Faites le calcul : si je travaille à temps plein, consacre une soirée par semaine à chacune de mes trois relations principales et une soirée toutes les deux à quatre semaines à mes relations secondaires, discute de temps en temps avec la centaine de personnes flottant dans les limbes des relations, dédie de dix à vingt heures par semaine à AVEN, et me laisse du temps pour faire des rencontres, il faut vraiment que j'enchaîne. C'est un peu écrasant par moment. Il y a assurément des inconvénients, comparé aux autres façons, traditionnellement amoureuses, de vivre ses relations. Se tenir au courant de ce qui se passe est plus dur, et même s'il y a beaucoup moins en jeu dans chaque relation, il est à peu près garanti qu'à tout moment il y aura des histoires quelque part dans le réseau social. Pour le meilleur comme pour le pire, on ne ressent pas le genre de sentiment intense qu'ont les gens qui se concentrent sur un partenaire. Je ne tombe pas amoureux comme certains de mes amis, parce que tomber amoureux signifie que pendant un instant vous avez une personne qui est tout pour vous.

D'un autre côté, il se passe généralement beaucoup plus de choses dans une communauté que tout ce qui pourrait arriver avec une seule personne. Une communauté toute entière ne laissera pas une note rageuse avant de claquer la porte. Si une relation s'éteint, il y en a toujours d'autres pour équilibrer. Comme j'ai de nombreuses relations sur lesquelles je peux compter, il est rare que je ne puisse pas avoir le soutien dont j'ai besoin, et comme les choses sont toujours en mouvement, je ne m'ennuie jamais et je ne me sens pas coincé.

Mais franchement, détails pratiques mis à part, le pouvoir est le plus excitant. Chaque fois que VolunteerMatch* cherche à embaucher, les gens de mon bureau me donnent un tas de CV d'amis et de connaissances, et j'en fais suivre cinq ou six. A chaque élection, je peux valoir de cent à mille voix pour un candidat ou pour le camp que je choisis, dès que ma communauté est mobilisée pour aller battre le pavé. On peut faire beaucoup en couple, mais la capacité incomparable qu'a une communauté de s'unir pour changer le monde autour d'elle rend les possibilités que j'ai avec les miennes virtuellement infinies. Donc si l'un d'entre vous concentre tous ses espoirs et ses rêves sur cette personne spéciale, prenez le temps de réfléchir à ce qui pourrait arriver si vous multipliez vos amours.

____________________________
* NDLT : David travaillait à VolunteerMatch quand l'article a été écrit.

31 oct. 2010

Une brève histoire des débuts d'AVEN

Ce texte n'est pas une traduction. Je l'ai écrit à partir des informations trouvées dans le podcast History Lesson de David Jay, sur la page Asexuality: The History of a Definition, et dans le numéro 20 de AVENues.


Durant toutes les années 90, des gens isolés décrivaient occasionnellement leur absence d'intérêt pour le sexe sur des message boards liés à la sexualité, en demandant si d'autres personnes étaient comme eux, mais n'ont jamais réussi à se regrouper à cause de leur faible nombre. En 1997 a été publié un article appelé My Life as an Amoeba (Ma vie d'amibe), sur lequel on pouvait poster des commentaires. C'est le premier endroit où des asexuels se sont regroupés et ont pu discuter.

En octobre 2000, le groupe Yahoo Haven for the Human Amoeba (Refuge pour l'amibe humaine) fut créé, mais à part le post d'introduction, il n'y eu aucune discussion jusqu'en février 2001. Haven for the Human Amoeba (HHA) était un tout petit groupe, avec des discussions très irrégulières. L'arrivée d'un nouveau membre générait un peu d'activité, qui mourait ensuite rapidement. En juillet 2001, le groupe atteignit 20 membres et commença à avoir des posts réguliers et une discussion continue. C'est à ce moment que David Jay entendit parler de HHA.

Fin des années 90, David est au lycée à Saint Louis, dans le Missouri. Il voit bien qu'il a quelque chose de différent, il ne se sent pas concerné du tout quand son entourage n'arrête pas de parler de sexualité. Il a pourtant la chance que son lycée compte une population homo et bisexuelle assez importante. Ses amis parlent souvent d'orientation sexuelle et du fait qu'il n'y a pas de problème à être différent. Il commence à utiliser le terme "asexuel" pour décrire ce qu'il ressent, et voit l'asexualité comme une sorte d'orientation. Il est persuadé qu'il existe une communauté asexuelle quelque part qu'il trouvera en allant à l'université.

En septembre 2000, il entre à l'université Wesleyan. Là, il rentre en contact avec l'association LGBT, qui n'a jamais entendu parler d'asexualité. Il fouille la bibliothèque universitaire (c'était avant les vrais moteurs de recherche), mais ne trouve rien. Il tombe ensuite sur l'article My Life as an Amoeba. C'est la première fois qu'il voit le mot "asexuel" appliqué à une personne, en dehors de ses propres écrits. Cela le pousse à créer une page web sur l'asexualité au début de l'année 2001, qu'il appelle Asexual Visibility and Education Network. (Il voulait l'appeler Human Asexual Visibility and Education Network pour faire HAVEN, havre en français, mais son colocataire trouvait ça nul.) Il n'y avait pas grand chose sur la page, simplement sa définition du terme "asexuel" :
Une personne qui n'est attirée par aucun des deux genres,
et quelques lignes demandant à quiconque était asexuel ou avait des informations là-dessus de lui écrire. Il reçoit quelques réponses et commence à correspondre par mail avec une demi-douzaine d'asexuels.

En août 2001, une personne lui écrit pour lui signaler le groupe HHA. Il participe aux discussions, qui ont donc lieu depuis quelques mois. A cette époque, les termes "asexualité" et "asexualisme" étaient utilisés de façon interchangeable. Les gens présents sur le groupe devinaient bien qu'il y avaient beaucoup d'autres asexuels qui s'ignoraient, et une des questions était de savoir comment les atteindre. La définition de l'asexualité était aussi sujette à beaucoup de controverses. Les antisexuels considéraient que le sexe était une mauvaise chose et que les asexuels étaient supérieurs aux autres gens. D'autres avaient une définition très stricte et fermée de l'asexualité, et voulaient poser une série de questions (concernant l'excitation ou la masturbation par exemple) aux nouveaux arrivants pour déterminer s'ils étaient vraiment asexuels. David faisait partie de ceux qui avaient une vision positive de la sexualité et pensaient que s'identifier à l'asexualité suffisait pour être asexuel.

La mailing liste HHA était très peu pratique pour discuter puisqu'on ne pouvait avoir qu'un seul fil de discussion. David voulait mettre en place un vrai forum qui servirait de lieu de rencontre et de discussion pour les asexuels. En mai 2002, il acheta le nom de domaine asexuality.org pour 25 dollars à son propriétaire, qui ne l'utilisait pas, puis passa l'été à refaire le site, lancer le forum et écrire les pages de Foires Aux Questions.

D'autres sites furent créés par les membres de HHA. Si AVEN a réussi à rassembler le plus de monde, c'est parce que, d'après David même, il était le meilleur webmaster, que le site avait le meilleur design, et surtout que la présence du forum permettait d'avoir plusieurs discussions à la fois.

Au bout de quelques mois et environ 50 membres, les contributions au forum commencèrent à être suffisamment nombreuses pour qu'il y ait du nouveau chaque jour. A partir de là, le forum se mit à grandir beaucoup plus vite, ayant atteint le point où il est intéressant pour les gens d'y revenir régulièrement. En novembre 2002, AVEN a dépassé les 100 membres, alors que David était au Ghana pour trois mois. Cette absence fut d'ailleurs l'occasion de nommer un second administrateur pour le site. Six mois plus tard eurent lieu les premières élections pour choisir des modérateurs, élections qui sont toujours au coeur de la vie d'AVEN.

25 oct. 2010

Relations avec les sexuels

Ce texte est une traduction de Relationships with sexual people, publié par David Jay en août 2006.


La plupart des gens dont je suis proche sont sexuels. Comme je fonde mon intimité sur les communautés auxquelles j'appartiens, aucune de ces relations n'est vraiment une Relation avec un grand R, mais ça vaut quand même le coup de le remarquer. J'ai été capable de faire énormément de choses dans mes relations sans que la question de la sexualité se pose (ou en tout cas sans que ça devienne incontrôlable.)

Mon secret a été d'apprendre à brouiller les frontières entre l'amitié et la relation amoureuse. C'est incontournable, pour les gens sexuels une relation amoureuse sans sexe est extrêmement limitée. Après tout, les relations amoureuses sont là où ils sont censés vivre leur sexualité, et leur demander d'en avoir une sans sexualité revient à leur demander de faire taire une bonne partie d'eux-mêmes. L'autre possibilité, comme on ne le sait que trop bien, est de nous demander de faire taire une partie de nous et d'avoir des relations sexuelles forcées par égard pour notre partenaire. La relation est contrainte de se développer autour d'une incompatibilité fondamentale. Notre capacité à tolérer la sexualité et la capacité de notre partenaire à tolérer son absence doivent s'étirer douloureusement jusqu'à se rejoindre. Ça marche. Si un Montague et une Capulet arrivent à construire une relation, un asexuel et un sexuel peuvent sûrement aussi, mais c'est pas forcément joli.

Qu'on s'entende bien, ce n'est PAS comme ça que je fais. Peut-être que j'ai mariné un peu trop longtemps dans la marmite couleur lavande d'AVEN, mais un arrangement centré à ce point sur la sexualité me fait frémir d'horreur. Si mes années de frasques asexuelles m'ont bien appris une chose, c'est que chaque fois qu'on parle de sexe, ce n'est jamais vraiment à propos de sexe. Il faut creuser un peu plus loin.

Qu'est ce que les gens sexuels veulent dire par "avoir besoin de sexualité" ? La science n'a encore jamais trouvé d'effet négatif au fait de se passer de sexe, à part la théorie générale qui veut qu'avoir trop envie de quelque chose et le réprimer soit mauvais. Quand ils n'ont pas de relations sexuelles, ils deviennent en théorie (mais pas forcément en pratique) de mauvaise humeur, et ce n'est pas drôle d'être avec quelqu'un de mauvaise humeur. Il pourrait être utile d'arrêter de voir la sexualité comme une pulsion naturelle, et de la voir comme une espèce d'identité. Pour la plupart d'entre vous qui m'écoutez*, l'asexualité est une partie importante de vous. On peut voir ça comme une boîte à outils d'idées et de définitions qu'on utilise pour réfléchir à nous et à nos relations, pour se décrire aux gens et de façon générale pour vivre sans être complètement perdu. (Ce qui ne veut pas dire que beaucoup d'entre nous ne l'ont pas été.) Et s'il en allait de même de la sexualité ? Et si le sexe et les désirs qui vont avec faisaient tellement partie intégrante de la façon dont les gens sexuels se voient et voient leur vie que leur demander subitement de vivre dans un monde sans sexe équivaudrait à nous demander de vivre dans un monde sans AVEN ?

(Ce n'est pas pour comparer AVEN et le sexe, vous savez bien lequel est le mieux.)

Donc les gens sexuels n'ont pas seulement besoin du sexe pour les endorphines, ils en ont besoin pour se comprendre et s'étudier. Le truc important à comprendre, c'est que nous n'avons pas à être l'arène de leurs réflexions pour être proche d'eux. On n'a même pas à les aider ; tout se qu'on a à faire est d'éviter d'être dans leurs pattes. Les gens sexuels sont tout aussi capables d'intimité non sexuelle que nous, ils en ont simplement moins l'habitude.

Alors comment évite-t-on d'être dans leurs pattes ? Faites-leur remarquer les faits. A moins que votre partenaire crève d'envie d'explorer sa sexualité avec quelqu'un qui n'a ni expérience ni intérêt pour la chose, sa relation avec vous n'est probablement pas l'arène qu'il cherche. Si vous n'avez jamais eu de relations sexuelles, jouez la carte de la virginité. Les gens se pâment devant l'univers de possibilités érotiques que leur première fois leur a ouvert ; vous regarderiez votre montre et demanderiez s'il y a quelque chose de bien à la télé. Et sans faire de comptes d'apothicaire, est-ce que votre partenaire a vraiment quoi que ce soit à perdre d'une relation avec vous ? S'il recherchait sexe, intimité et compagnon de vie, et n'a plus à chercher que le sexe, n'est-ce pas une belle amélioration ?

Il faut en convenir, c'est là que ça redevient délicat. Comme je l'ai dit dans les podcasts précédents, je suis un garçon facile, la plupart de mes amis le sont aussi, et aucun d'entre nous n'a vraiment de mal à séparer l'intimité du sexe. Tout le monde n'a pas cette chance. Pour certains, le sexe, l'intimité et la vie de couple ne peuvent pas être séparés si facilement. Ce n'est pas parce que l'intimité et la vie de couple sont là qu'un désir sexuel immuable arrive avec eux. (Cf pièce à conviction numéro un, dans laquelle les gens sexuels forment d'intenses relations platoniques les uns avec les autres depuis la nuit des temps.) C'est parce que quand l'intimité et la vie de couple sont servies avec des frites et une part de gâteau AVEN, le sexe est à la carte. Votre partenaire ne veut pas devenir plus intime parce qu'il se réserve pour une relation qui inclura du sexe et qui arrivera comme par miracle un jour sur son cheval blanc.

C'est dans ce genre de moment qu'il faut faire remarquer le problème de logique qu'il y a à "se réserver" pour quelqu'un d'autre. Le truc vraiment fantastique avec l'amour c'est qu'il y en a toujours. L'amour est une action, pas une matière première : quand on aime davantage, on devient meilleur en amour. Et à moins que chercher cette relation répondant à tous ses besoins soit un boulot de 40 heures par semaine (dans ce cas arrêtez-le !), il n'y a aucune raison qu'il ne puisse pas rendre cette relation plus riche en menant la relation avec vous aussi loin que possible. Et qui sait ? Une fois qu'il se sera servi une bonne grosse tranche de gâteau AVEN, le cheval blanc paraîtra peut-être de plus en plus sorti d'un conte de fée.

____________________________
* NDLT : Cet article est d'abord un podcast (disponible à la même adresse).

19 oct. 2010

Amour, fidélité et Polyamory Weekly

Ce texte vient du podcast Love, Commitement, and Polyamory Weekly de David Jay, sorti en juillet 2006. Je l'ai transcrit, adapté et traduit. David passe des extraits d'un autre podcast, qui sont indiqués en bleu.


J'ai reçu un MP (Message Privé, pour ceux d'entre vous qui ne sont pas sur asexuality.org) sur le forum, et voici ce qu'il disait, en réponse aux Confessions d'un asexuel dévergondé de la semaine dernière :
Je viens d'écouter le deuxième podcast, je l'ai trouvé très intéressant et il m'a vraiment touché dans mes problèmes/inquiétudes avec le fait de se reconnaître dans l'asexualité. Je crois que je refusais de me ranger dans une catégorie et que je gardais espoir que l'attraction sexuelle m'arriverait un jour (improbable vu que j'ai 23 ans), parce que je voulais avoir des relations comme celles dont profitent mes amis sexuels, simplement sans la composante sexuelle. Vous savez, cette personne à laquelle on tient plus qu'à toutes les autres. D'après ce que j'ai compris, tu ne penses pas que ce soit nécessaire voire même possible d'avoir une relation amoureuse asexuelle. Dis-moi si j'interprète mal ce que tu as dit.

Je voulais aussi te faire part d'une observation intéressante que j'ai faite en regardant mes amis et moi quand on sortait. Si on va en boîte par exemple et qu'on a un peu trop bu, la plupart de mes copains se retrouveront au bout d'un moment (ou voudront se retrouver) collés à quelqu'un sur la piste de danse et rentreront avec la personne. Moi par contre je me retrouve à discuter avec de parfaits inconnus avec lesquels j'ai les conversation philosophiques les plus bizarres. Marrant, hein ?

Voilà ce que je lui ai répondu : Je n'irais pas jusqu'à dire que les relations amoureuses sérieuses sont impossible pour les asexuels, puisqu'un certain nombre d'entre nous semblent avoir exactement ça. Mais je pense vraiment qu'on est obligé de réfléchir à la notion de fidélité d'une façon dont les gens sexuels n'ont pas besoin. Il y a beaucoup à admirer dans l'intimité de couple, mais c'est loin d'être la seule façon d'obtenir ce que l'on veut, les conversations décrites dans le message en étant un excellent exemple. Ces conversations pour toi et les flirts pour tes amis ont peut-être la même fonction : les deux vous donnent un prétexte pour rencontrer des gens, profiter du moment où on apprend à se connaître et enfin se montrer vulnérable et passer du temps à s'explorer mutuellement.

C'est un des sujets que je voudrais aborder dans ce podcast : comment créer de l'engagement et une structure dans une relation non sexuelle. Je l'ai déjà mentionné et j'en parlerai encore beaucoup dans le futur, mais un des repères les plus importants du monde sexuel est le fait que les relations qui incluent le sexe sont des Relations avec un grand R. Elles impliquent la fidélité et beaucoup d'autres choses que toutes les autres relations n'ont pas.
Dans le monde asexuel, beaucoup d'entre nous ont des partenaires et beaucoup forment quand même des relations intimes très proches, mais la distinction entre les relations qui incluent le sexe et les autres n'existe pas. Il y a des moyens de la remplacer, qui permettent de savoir qui est votre partenaire, mais le fait qu'il faille ré-examiner cette distinction et réfléchir à comment catégoriser ses relations, je crois que ça nous fait penser (du moins moi et d'autres asexuels) de façon moins traditionnelle à quelles sont les relations importantes dans notre vie et comment les désigner. Et je trouve que cette idée coïncide très bien avec les idées de la communauté polyamoureuse actuelle.

Pour ceux qui ne le savent pas, le polyamour est le fait d'avoir plus d'une relation (souvent sexuelle mais pas toujours) en même temps. On appelle aussi ça la "non monogamie responsable". La différence c'est que si vous avez un partenaire et que vous commencez une autre relation intime, éventuellement sexuelle, dans le dos du premier et que vous n'en parlez pas, vous trompez votre partenaire. A l'inverse, si vous avez un partenaire et que vous lui dites "Notre relation compte énormément pour moi, je t'aime vraiment, mais je voudrais aussi pouvoir explorer mon amour pour d'autres gens", si votre partenaire est d'accord et que vous décidez de communiquer là-dessus d'une façon qui vous convienne à tous les deux, si vous communiquez aussi ouvertement avec votre deuxième partenaire, bref, si vous communiquez pendant 80 heures par semaine, c'est ce qu'on appelle le polyamour.

Là où je vois un rapport, c'est dans le fait que les polyamoureux, comme un certain nombre d'asexuels, sont obligés de réfléchir à la notion de fidélité, à quel type de relation est important pour eux et pourquoi, de façon bien plus profonde que le classique "Je vais trouver quelqu'un, on va coucher ensemble, ensuite on va sortir ensemble, ensuite on va se marier, ensuite on va fonder une famille, et ce sera l'entièreté de ma vie affective et intime."
Et donc, à cause de ces parallèles entre (la façon dont moi et d'autres voyons) les relations asexuelles et le polyamour, j'ai commencé à écouter le podcast Polyamory Weekly, que je recommande à tout le monde. Chaque épisode est même terminé par la phrase "N'oubliez pas, il n'y a pas que le sexe dans la vie" ! Après avoir écouté quelques épisodes du podcast, j'ai envoyé un mail à Minx (la personne qui fait Poly Weekly) pour lui présenter mon podcast et évoquer les parallèles entre les façons de penser les relations des asexuels et des polyamoureux. Elle a trouvé ça vraiment intéressant et a eu toute une discussion sur le sujet avec son partenaire et des invités du podcast. Je vais vous en montrer des extraits et les commenter.

[Minx] J'ai reçu un email particulièrement intéressant de David, voici ce qu'il dit :

Je m'appelle David, je suis le fondateur du site www.asexuality.org. J'écoute depuis peu Poly Weekly et je suis fan. Même si seulement une toute petite partie de la communauté asexuelle se considère poly (autant que je sache), beaucoup d'entre nous empruntent pas mal aux façons de voir les relations polys. Après tout, c'est un peu difficile d'être sexuellement exclusif quand le sexe ne fait pas partie de l'histoire.

Ça me laisse pensive, parce qu'il y a un moment, GrayDancer et moi avons entendu ensemble Susie Bright parler des amibes, des gens qui se considèrent asexuels. Je veux dire, bien sûr qu'il y a beaucoup plus dans les relations amoureuses que le sexe, et qu'il y a plein de moyens d'être intime sur le plan émotionnel avec quelqu'un sans relations sexuelles, mais a priori on dirait qu'il faudrait une nouvelle façon de voir les relations, une autre façon d'y réfléchir ...

Je vais couper de temps en temps pour commenter. J'ai énormément de respect pour Minx, je pense qu'on a tous beaucoup à apprendre d'elle, mais je voudrais juste faire remarquer ça. Est-ce que d'autres ont remarqué que quand on explique qu'on est asexuel à quelqu'un qui ne l'est pas pour la première fois, la personne a besoin d'affirmer qu'elle aime le sexe ? Et que, même si c'est quelqu'un qui parle tout le temps de sexe et est complètement à l'aise avec le sujet, elle devient tout d'un coup un peu mal à l'aise ?

[Minx] Pour GrayDancer et moi, le sexe et le BDSM sont des moyens d'exprimer l'intimité émotionnelle, mais ce ne sont pas les seuls. Donc pour moi ils sont entremêlés, mais j'imagine comment on peut avoir l'un sans l'autre pour certaines personnes. Je ne sais pas, ça me laisse pensive. Qu'est-ce que vous en pensez ?

[Karen] Je crois que j'ai du mal avec le concept parce que je me demande où est la ligne qui définit une relation dans ce cas. Je repense à un article de Loving More qui parlait de si on pouvait avoir une relation amoureuse sans sexe, de est-ce que ce serait une relation, à quoi ça ressemblerait, et comment est-ce qu'on définit une relation amoureuse avec quelqu'un ...

Wouaou ! Qu'est-ce qui fait qu'une relation est une relation ? C'est une question vraiment sexuelle. Je trouve, et je sais que beaucoup d'autres asexuels seront d'accord, qu'il y a beaucoup de parallélismes.

[Minx] Oui et ça me rappelle quelque chose. J'ai déjà mentionné que j'avais une amie fiancée dont le fiancé passait beaucoup de temps avec sa meilleure amie, et qui au final s'est enfuit avec sa meilleure amie pour l'épouser et la tromper ensuite. Mais ce qui est intéressant, c'est qu'à l'époque le fiancé et la meilleure amie ne couchaient pas ensemble, leur relation n'était pas sexuelle. Il y a peut-être eu quelques caresses un peu déplacées lorsqu'ils étaient assis côte-à-côte, mais vraiment pas de sexe à proprement parler, et pourtant ça a été une incroyable trahison sur le plan émotionnel pour mon amie. Et je le comprends très bien. C'était leur intimité émotionnelle qui était accablante, même s'ils n'avaient jamais couché ensemble.

Ça c'est intéressant ! Toutes les fois où j'ai été dans une relation avec une personne disons sexuelle et monogame et que j'ai parlé d'intimité non sexuelle, l'autre personne répondait en reconnaissant que les relations amoureuses sont plus que juste du sexe, qu'on peut avoir des relations d'amitié très importantes, bref, vous connaissez le refrain. Quand vous avez un groupe de polyamoureux ensemble, qui je suppose ont plus de capacités à réfléchir aux relations de façon abstraite, le sujet de l'intimité non sexuelle amène directement celui de l'adultère ! [Rires] Dans ce cas, les asexuels deviennent une bande de piqueurs de petits copains (j'adore cette expression). Ce qui est intéressant, comme je le disais tout à l'heure, c'est l'idée qu'il manque vraiment un moyen de parler d'intimité non sexuelle et de fidélité. Qu'est ce qui se passe si vous avez l'intimité sans la fidélité ? L'adultère, on dirait.

[Minx] Je pense que si cette relation avait continué, même sans sexe, ça aurait été tout aussi accablant. J'ai déjà vu l'inverse, les femmes ont tendance à parler du sexe : "Le salaud, il a couché avec une autre !" Pourtant pour beaucoup de femmes, ce ne sont pas les relations sexuelles le problème. C'est facile de se focaliser sur le sexe et de faire un scandale à cause de ça, mais tant de femmes ont expliqué : "C'est la trahison sur le plan émotionnel, c'est le mensonge le problème. C'est le fait de s'ouvrir à quelqu'un d'autre que moi et que je ne le sache pas, ce n'est pas le sexe." Donc une liaison émotionnelle sans relations sexuelles est plus accablante.

C'est une très bonne remarque, et je voudrais y revenir plus tard. Tromper quelqu'un n'est pas tromper parce qu'on couche avec quelqu'un d'autre, c'est tromper parce qu'il y a une promesse de ne pas coucher avec qui que ce soit d'autre, et que cette promesse est trahie. En fait, la monogamie et la fidélité sont d'abord une histoire de confiance, et pas forcément d'exclusivité.

[Karen] Tu as raison Minx, il y a bien un degré de fidélité émotionnelle dans un couple. C'est peut-être quand ça arrive qu'on peut commencer à dire qu'il s'agit d'une relation. Quand j'étais mariée, mon mari a eu une liaison émotionnelle avec une voisine, et à ce moment-là ce n'était pas sexuel du tout et je le savais. Mais je me suis retrouvé à chercher sur internet des sites sur l'adultère et ce genre de choses parce qu'il n'était pas franc du tout avec moi. Et je ne peux vraiment pas le lui reprocher parce qu'il n'était pas franc avec lui-même non plus. On a reparlé plus tard du fait qu'à l'époque il ne s'avouait même pas à lui-même qu'il était en train de tomber amoureux de cette femme et qu'ils avaient un lien émotionnel très fort.

Est-ce que ça vous rappelle quelque chose aussi, une relation très forte émotionnellement où les gens ne se rendent pas compte de ce qui se passe ? Cette histoire est l'exemple parfait de ce qui se passe quand vous avez une relation forte mais pas les mots pour en parler. Il a fallu qu'elle aille sur internet chercher les termes pour décrire cette relation, parce qu'il n'y a pas de mots existants pour une relation très forte sur le plan émotionnelle, sans sexe. Ce moment est vraiment percutant. Elle connaît l'existence de cette relation, son mari le sait, l'autre femme le sait, mais aucun d'entre eux ne sait comment en parler. C'est comme s'ils faisaient semblant qu'elle n'existe pas. Peut-être pas à ce point, mais aucun d'eux ne sait quoi en faire. J'ai déjà été dans cette situation, avec beaucoup de mes relations, et cette situation peut être très frustrante.

[Karen] Donc j'ai lu des choses sur l'adultère sur internet, et c'est là que je suis tombée sur les liaisons émotionnelles. C'est là que je lui en ai parlé : je lui ai montré le site et je lui ai dit "C'est ce qui est en train d'arriver."

[Minx] Je me demande quand même si, quand on n'est pas asexuel, le sentiment de trahison ne vient pas de la peur que ça devienne sexuel. Est-ce que ce serait différent si, parce qu'on se considère asexuel, on savait que ça ne deviendrait jamais sexuel ? Est-ce que cette peur disparaîtrait ?

[Karen] Je pense que cette peur disparaît s'il s'agit de deux asexuels ensemble, parce qu'ils ont établi cette définition, ils ont appris à voir les choses différemment. Mais si une personne est asexuelle et l'autre pas, ça ne marcherait probablement pas.

[Minx] Oh, je me demande si ça marcherait !

[GrayDancer] Dans un couple monogame, je ne pense pas que ça marche. Mais je ne vois pas comment ça marcherait de toute façon ...

Ils font une remarque très intéressante au milieu de tout ça, disant qu'une relation exclusive entre une personne sexuelle et une asexuelle est impossible parce que la première a besoin d'avoir des relations sexuelles, mais que ce serait possible dans une relation polyamoureuse. Et là, ces gens pourtant poly n'en discutent pas plus. J'aurais aimé qu'ils le fassent, ça aurait été très intéressant.

Mais revenons à ce que Karen a dit plus tôt. Elle a dit que deux asexuels peuvent être ensemble parce que nous avons une mentalité différente, c'est-à-dire qu'on a développé la capacité de réfléchir à la fidélité sans faire intervenir le sexe. Elle laisse donc entendre que les gens sexuels n'ont pas cette capacité. Je serais curieux de savoir si c'est vrai, et qu'est ce que ça implique si ce n'est pas vrai.

[GrayDancer] J'avoue que le concept même d'asexualité me fait peur, parce qu'une partie tellement importante de mon identité est liée à ma sexualité ...

Je trouve que cette peur est extrêmement importante. Je ne vais pas développer maintenant, j'en parlerai dans un autre épisode du podcast, mais c'est quelque chose qui a influencé l'évolution de l'identité asexuelle actuelle.

[GrayDancer] Perdre ces repères-là équivaudrait à me perdre moi-même. En même temps ça me rappelle une discussion qu'on a eu à propos du degré d'intimité de différents actes et de s'ils étaient sexuels. La différence entre nous deux, c'est que pour moi ligoter quelqu'un peut parfois être infiniment plus intime que de recevoir une fellation. C'est pour ça que quand il s'agit de donner des règles ou des limites dans une relation, interdire certaines relations sexuelles avec d'autres gens mais autoriser les cordes n'a pas de sens pour moi. L'idée n'est pas que certains actes sont mal, mais qu'un certain degré d'intimité est là. Là où je veux en venir, c'est que je comprends très bien comment même en étant asexuel on peut éprouver l'intimité, par exemple avec le contact improvisation* et la danse.

GrayDancer fait une remarque intéressante ici. Comme les polys ne prennent pas les mêmes définitions à l'emporte-pièce des relations et de la fidélité que les monogames (pour qui c'est plus simple), ils ont plus de marge de manoeuvre pour écrire leurs propres règles, donc quand lui et sa partenaire ont décidé d'écrire les règles délimitant leurs relations, celles-ci ont été un peu moins liées à la sexualité. Je vais couper l'interview ici. Ils continuent à parler de contact improvisation, puis passent au sujet suivant qui est le polyamour et la famille. C'est aussi en rapport avec ce dont on parle, mais je voudrais revenir sur les thèmes de tout ce qu'on a abordé.

On a commencé avec une réaction à mon dernier podcast, une personne disant qu'elle avait vraiment des difficultés à parler de fidélité dans une relation. Puis on a eu cette conversation, pour laquelle malheureusement je n'étais pas là, entre un groupe de polyamoureux qui parlent de l'intimité non sexuelle qui est très présente dans leurs relations et qu'ils ont du mal à appréhender, et du fait qu'ils ont des moyens d'intégrer des choses non sexuelles dans la définition de leur fidélité. Ils trouvent des mots pour parler de liaison émotionnelle, d'engagement sur le plan émotionnel et pas seulement sexuel, en disant par exemple "Ce qui définit une relation pour moi ce sont les émotions, c'est quelque chose qui n'est pas seulement le sexe", quoiqu'ils semblent avoir vraiment du mal à décrire ce quelque chose. C'est ce dont je vais parler dans la partie suivante.

____________________________
* NDLT : Le contact improvisation est une forme de danse.

20 sept. 2010

Le guide du parfait asexuel pour expérimenter avec la sexualité

Ce texte est une traduction de The Trendy Asexual’s Guide To Experimenting with Sexuality, publié par David Jay en août 2006.

Il y a un peu moins d'un an, j'ai donné un cours à l'Institute for the Advanced Study of Human Sexuality (Institut supérieur des sciences de la sexualité humaine). Au début, les thésards et les professeurs qui remplissaient la pièce ne savaient pas bien quoi penser de moi, mais quand j'ai eu fini de parler, ils étaient époustouflés par le travail que nous faisons dans la communauté asexuelle. Une femme était si impressionnée qu'elle m'a invité à jouer dans son équipe d'Ultimate frisbee, et on a pris l'habitude de rester après l'entraînement pour parler chiffon.

C'est pendant une de ces discussions qu'elle a dit quelque chose qui m'a fait réfléchir. Elle dit que l'utilisation du préservatif chez les adolescents était directement proportionnelle au point auquel les adolescents s'attendaient à avoir des relations sexuelles. Quand ils savaient que c'était le cas, ils étaient prévoyants et prenaient leurs précautions. Mais quand ils ne s'imaginaient pas du tout avoir une relation sexuelle et qu'elle leur tombait dessus d'une façon ou d'une autre, les comportements à risques devenaient subitement très probables.

Ça m'a fait réfléchir à la communauté sur AVEN. Bien que peu d'entre nous aient des relations sexuelles, la plupart des asexuels sont à un moment en contact avec une forme ou une autre de sexualité. Pour ce que j'en ai vu, on n'en parle pas beaucoup, mais il semble que plus on discutera ouvertement des expériences des asexuels avec la sexualité, plus on en sera maître. La sexualité ne sera jamais comme une drogue pour nous comme elle peut l'être pour les gens sexuels, et ça en fait une perspective légèrement moins déplaisante, mais il y a quand même de nombreux risques émotionnels, relationnels et médicaux bien réels en jeu si on veut se rapprocher de la dynamique sexuelle. Avec de la prévoyance, on peut minimiser ces risques. Et que vous vous voyiez faire de nouvelles expériences dans un futur proche ou que vous vouliez juste être préparé, savoir comment approcher la sexualité sans risques et avec confiance est quelque chose que même ceux que le sexe répugne le plus devraient savoir.

** Attention : Une petite partie des expériences demande la manipulation de substances visqueuses. Ce type d'expérimentation, qui peut valoir le coup dans certaines circonstances, n'est pas ce qui nous intéresse dans cette discussion-ci. Si vous pensez qu'il y a une chance que l'expérimentation que vous prévoyez vous mette en contact avec des Substances Visqueuses, il est extrêmement important que vous vous familiarisiez avec les moyens de les manipuler sans danger. Après avoir passé en revue plusieurs sites, je recommande Wikipédia pour obtenir des informations complètes et appropriées aux asexuels sur le sujet.**
http://fr.wikipedia.org/wiki/Sécuri-sexe

Qu'est-ce que j'entends par "expérimenter avec la sexualité" ?

Les substances visqueuses mises à part, la sexualité est quelque chose de social. C'est une certaine façon de penser, d'agir et de ressentir qui est très naturelle pour la plupart des gens mais qui nous paraît complètement étrangère. Faire ces expériences est un petit peu comme se déguiser. Il s'agit de prendre un rôle social qui va de soi pour beaucoup de gens, de jouer avec et de le compliquer. Ça peut être drôle, passionnant, instructif, et ça peut pousser les gens sexuels autour de vous à remettre en questions leurs présomptions. Expérimenter avec la sexualité ne veut pas nécessairement dire avoir des relations sexuelles, ça veut dire faire des choses que la plupart des gens voient comme sexuelles même si vous ne l'êtes pas. Ça peut être flirter, raconter des blagues cochonnes, ou laisser la tension sexuelle se développer dans une relation.

D'après mon expérience, ces expérimentations suivent toujours le même modèle. Connaître ce modèle vous permet d'être prévoyant, de décider quand est-ce que ça vaut la peine d'expérimenter, et de le faire avec un objectif.

Voici comment transformer le sexe en quelque chose d'utile en six étapes simples :

Étape 1 : Impératif. Pourquoi expérimenter ? Parce qu'on vit dans un monde sexuel, où toute une série d'idées, d'activités et de sensations sont organisées en une hiérarchie centrée sur le sexe et les relations sexuelles. Prenez le fait d'embrasser quelqu'un. A moins que ce soit votre grand-mère, toucher les lèvres de quelqu'un d'autre avec les siennes est généralement considéré comme sexuel. C'est vrai, embrasser une personne ne veut pas nécessairement dire qu'on veut coucher avec elle, mais faîtes-le pendant un moment et tout le monde va vous regarder bizarrement et se demander pourquoi il ne se passe pas "plus". Dans le monde sexuel, des choses comme embrasser, flirter, sortir avec quelqu'un, parler à quelqu'un dans une soirée ou danser sont toutes considérées comme faisant partie de cette hiérarchie sexuelle : même si elles n'ont rien à voir avec le sexe ni en apparence ni en ressenti, elles sont toutes inexplicablement liées au désir de faire crac-crac.

Quand on expérimente avec la sexualité, on enfile nos vêtements de camouflage, on se faufile en territoire sexuel et on coupe ces liens. Si vous embrassez quelqu'un pour voir ce que ça fait, que vous aimez ça et que vous trouvez un moyen de l'intégrer à votre vie sans coucher avec qui que ce soit, vous avez fait un pas dans la direction d'un monde plus ouvert aux asexuels. Mais je vais trop vite ...

Étape 2 : Rejet. Quelle est la première chose que je fais quand quelque chose appartenant à la hiérarchie sexuelle attire mon attention ? Généralement je l'ignore. Expérimenter avec la sexualité peut demander beaucoup de travail voire donner la migraine, et je ne m'aventurerai en territoire sexuel que si ça paraît vraiment valoir la peine. Neuf fois sur dix, ce n'est pas le cas. Il n'y a aucun problème dans le fait d'expérimenter avec la sexualité, mais il n'y a pas non plus de raison de le faire si ça ne vaut pas le coup.

Étape 3 : Confusion. Je voudrais être clair : faire des expériences sur la sexualité ne rend PAS moins asexuel à moins qu'on ne le veuille. Il y a beaucoup de choses sur lesquelles on peut se sentir perdu quand on explore la frontière entre les mondes sexuel et asexuel, mais votre identité n'en fait pas partie. Ces expérimentations peuvent vous faire découvrir des facettes de vous dont vous ignoriez l'existence, mais elles ne changeront jamais qui vous êtes.

Mis à part l'identité, une certaine confusion est naturelle quand on se hasarde en territoire inexploré. Rappelez-vous que la communauté asexuelle est là depuis seulement quelques années. Les expérimentations combinant des gens ouvertement asexuels et des activités sexuelles traditionnelles sont encore un continent très peu exploré, et il n'y a pas moyen de savoir à l'avance ce qui pourra en résulter. Il faut accepter que tout ne soit pas parfaitement clair ; c'est bien pour ça qu'on veut expérimenter.

Étape 4 : Expérimentation. C'est difficile d'avoir un plan clair au milieu de cette confusion, mais plus le plan sera clair mieux ce sera. Personnellement j'essaie d'y réfléchir en termes de vert, orange et rouge : ce qui m'intéresse de faire, ce que je veux bien laisser faire et ce que je ne veux pas. (Par exemple, j'AIMERAIS draguer des gens à cette soirée, je VEUX BIEN les laisser penser qu'ils m'attirent sexuellement si c'est comme ça qu'ils l'interprètent, mais je ne VEUX PAS que qui que ce soit m'entraîne dans un coin à part.) Une fois que vous avez défini vos limites, jetez-vous à l'eau. Ne vous attendez pas à ce que ça paraisse naturel, la sexualité est un rôle appris, et vous pouvez avoir besoin de temps pour vous familiariser avec ce rôle (peut-être plus de temps que la majorité des gens sexuels, puisque vous n'aurez pas votre propre attraction sexuelle comme boussole.) Faîtes preuve de curiosité, essayez différentes choses, voyez ce qui marche, ce qui paraît intéressant et ce qui ne l'est pas. Rappelez-vous que c'est comme se déguiser : exagérez et amusez-vous. Une fois que vous avez trouvé vos repères, n'ayez pas peur de sortir du script sexuel habituel.

Qu'on soit à une soirée ou seul avec quelqu'un, l'expérimentation projetée va très probablement impliquer d'autres personnes. Parfois, il est impossible de tenir tout le monde totalement informé tout le temps. Précéder une session de drague par une explication du fait qu'on est asexuel et que c'est juste un test a des chances de gâcher l'ambiance. Ce ne sera pas possible de communiquer clairement et honnêtement tout le temps, mais il faut absolument expliquer les choses aussi ouvertement que possible dès l'instant où les autres personnes commencent à être sérieusement engagés dans l'histoire.

Étape 5 : Réflexion. Il est temps maintenant de laisser décanter les choses. Chaque fois que j'ai fait ce genre d'expérimentations, j'en ai apprécié au moins certaines parties, mais généralement pas la partie "sexuelle", et généralement pas exactement de la même façon que les gens sexuels. A mesure que je repasse les évènements dans ma tête, je vais trouver un moyen de séparer toutes les choses qui ne m'intéressent pas des choses qui m'intéressent.

Réfléchissez-y de la manière que vous préférez. Qu'est-ce que vous avez aimé ? Qu'est-ce que vous n'avez pas aimé ? Qu'est-ce qui semble simple à intégrer dans votre vie et qu'est-ce qui semble plus difficile ? Peut-être que l'expérience vous a montré des facettes de vous que vous ignoriez, peut-être que non. Si c'est le cas, prenez le temps de réfléchir à la place qu'elles peuvent prendre dans votre vie.

Étape 6 : Réinterprétation. Enfin, la partie cool. Maintenant que les choses sont plus claires, vous avez un nouvel outil dans votre répertoire asexuel. Quand vous avez extrait ce que vous aimez de la masse menaçante de la hiérarchie sexuelle, vous êtes libre de l'utiliser comme vous l'entendez. Une fois que vous y avez réfléchi, vous pouvez trouver des termes précis pour communiquer avec toute personne sexuelle (ou asexuelle) qui serait encore perplexe. Dès que tout fonctionne et est cohérent, pensez à en parler sur AVEN. L'asexualité est encore un territoire nouveau, et il faut des gens comme vous pour ouvrir la voie.

-DJ Danjerous

22 juin 2010

Confessions d'un asexuel dévergondé - 2ème partie

Ce texte est une traduction de Confessions of an Asexual Slut, Part 2, publié par David Jay en juillet 2006.


Pour tous mes auditeurs* sexuels, ne le prenez pas mal. C'est vrai, vous savez bien que je n'ai que de l'amour à donner, et je sais que vous savez que je sais le partager. Vous voyez, j'ai appris à connaître l'être humain sexuel intimement. J'ai appris à voir à l'intérieur de vous, à travers vous, dans tous vos recoins, et j'en ai tiré ma conclusion : le sexe rend un peu prude.

C'est une chose de s'aspirer mutuellement le visage ou de jouer au ping-pong avec ses fluides corporels, mais quand on parle de véritable et tangible intimité non sexuelle, la moitié d'entre vous ont peur de montrer ne serait-ce qu'une cheville.

Je m'explique : quand je dis "intimité", je ne parle pas de quand on se regarde dans le blanc des yeux à la lumière des bougies en se tenant la main. Je parle de vulnérabilité, de chercher les zones les plus sensibles de notre être et de voir ce qu'on peut ressentir avec. D'après mon expérience, si vous savez faire ça, si vous savez vraiment faire ça, ce sera bien plus intense que n'importe quelle relation sexuelle. Parce qu'au fond, les zones sensibles sous la ceinture ne sont, au mieux, qu'une gentille métaphore pour ce qui se passe à l'intérieur.

Je voudrais m'adresser à tous les asexuels, pour les aider à prendre du recul et avoir une vision d'ensemble. Vraiment, j'adore les sexuels, mais ils ont toujours une tendance énervante à prétendre que nous, les asexuels, n'existons pas. Ils commencent par refuser l'existence de notre population toute entière, et quand ils l'acceptent enfin, ils veulent ignorer totalement notre existence en tant que partenaires potentiels. D'autres intellos de la communauté et moi attribuons ça à ce que nous appelons "l'opposition sexuel/non sexuel", c'est-à-dire à l'idée que les plaisirs, les désirs et les relations qui sont "sexuels" sont fondamentalement différents des plaisirs, désirs et relations qui ne le sont pas.

Vous pouvez faire une petite expérience pour comprendre de quoi je parle. Décrivez à quelqu'un une personne très proche, et laissez une grosse ambiguïté sur le fait que vous soyez "juste amis" ou "plus" avec la personne. Votre interlocuteur va devenir de plus en plus nerveux, et finira par vous interrompre au milieu d'une phrase pour savoir si vous faites des galipettes ensemble, de la même façon qu'il vous interromprait si vous parliez d'un nouveau-né sans avoir mentionné les caractéristiques de ses organes génitaux.

Pourquoi ? Parce que la plupart des gens sexuels sont incapables de voir les relations d'une façon sérieuse s'il n'est pas question de sexe. Pour eux, les Relations amoureuses avec un grand R sont dans une catégorie, l'amitié est dans une autre, et le sexe est la ligne de démarcation. Ils nous considèrent une demi-seconde, moi (pas si moche que ça) et mon asexualité, et commencent à se lamenter du fait qu'on ne pourra jamais traverser cette ligne, me déclarant une fois pour toute incapable de leur rendre le désir qu'ils pourraient éprouver.

C'en est presque mignon.

J'en ai déjà parlé dans la première partie, mais je peux rendre plus de désir que la barmaid de la Taverne du marin en chaleur sur l'Île des catins. En fait, l'intérêt du sexe n'est jamais uniquement sexuel. Chaque fois que quelqu'un est attiré sexuellement par moi, il y a plein de petits désirs non sexuels sous-jacents qui luttent pour atteindre la surface. Le désir pour des choses comme la validation de l'autre, la sécurité, l'intimité, le pouvoir ou le soulagement. La personne peut faire comme si ces désirs n'existaient pas, comme si son besoin de sexe était pur et bien loin de sentiments dégoûtants comme la vulnérabilité. Mais refouler un désir aura pour seule conséquence de le rendre plus fort, et un fort désir est exactement ce que cette barmaid aime.

C'est ça le secret : le sexe en soi-même c'est toujours ennuyeux. Je n'ai jamais vu de personne sexuelle, pas même une, qui aime le sexe pour le seul plaisir du pénis dans le vagin. Dans les bars, les clubs ou aux soirées étudiantes alcoolisées, les gens qui draguent à la recherche de coups d'un soir bouillonnent d'énergie non sexuelle. Ils veulent frimer pour la galerie, ils veulent se prouver qu'ils en sont capable, ils veulent se détendre, ils veulent être proche de quelqu'un sans s'embêter à devoir le rester. Les nouveaux couples débordent du besoin d'être tendre, de rendre l'autre heureux, de construire leur intimité ou de l'éviter, d'affirmer leur pouvoir sur l'autre ou d'y renoncer. Tous les gens qui ont des relations sexuelles le font pour une raison. Ça devient intéressant quand les gens arrêtent d'avoir une raison. Quand ils ne recherchent plus rien, quand tout dans leur couple a été résolu et va comme sur des roulettes, le sexe n'est plus en question. C'est comme un seau d'eau : il n'éclabousse que quand quelque chose secoue la poignée.

Écoutez-moi bien, tous mes asexuels dévergondés en herbe. La prochaine fois que quelqu'un vous drague ou commence à se plaindre qu'il ne trouve personne à mettre dans son lit, examinez-le bien. Regardez au-delà du sexe, au-delà de la frustration sexuelle, de l'anxiété des corps et de la tension réprimée, et tachez de voir qu'est-ce qui secoue la poignée de ce seau-là. Dites-le lui, qui sait comment il réagira.


3e partie
____________________________
* NDLT : Cet article est d'abord un podcast (disponible à la même adresse).

13 juin 2010

Confessions d'un asexuel dévergondé - 1ère partie

Ce texte est une traduction de Confessions of an Asexual Slut, Part 1, publié par David Jay en juin 2006.

Je me suis rendu compte récemment que j'ai des tendances salopes. J'entends par là tout sauf le sens classique du mot "salope", ayant été littéralement (bien que pas pénétrativement) au lit au cours du dernier mois avec plus d'individus que je n'ai de doigts pour compter. Si, comme la communauté asexuelle a commencé à le suggérer, on peut être aussi intime sans sexe qu'avec, alors j'ai un sacré paquet de relations intimes.

Je suis sérieux.

Une des particularités de l'asexualité, j'ai découvert, est de rendre le fait de classer et de prioriser ses relations un petit peu difficile. Car bien que tous les gens sexuels ne les utilisent pas comme ça, les relations sexuelles peuvent servir de marqueur d'importance très net, en les gardant, pour le meilleur ou pour le pire, comme l'argenterie pour les occasions vraiment spéciales. On ne peut pas dire la même chose, par exemple, d'une conversation intellectuellement ou émotionnellement intense, ce qui serait bien plus ma tasse de thé. Je peux avoir une discussion passionnante à la moindre suggestion, et je serais capable d'être intime sur le plan intellectuel avec tout ce qui bouge.

Vous trouvez ça mal ?

Malgré toutes les règles assez dingues qu'on a pu édicter sur le sexe, il semble qu'il y en ait relativement peu sur l'intimité à proprement parler. Si quelqu'un qui m'intéresse a un petit copain, les règles pour passer du temps ensemble sont au pire vagues, et au mieux inexistantes. Il ou elle préfère les personnes de l'autre genre ? Pas de problème. Deux relations à la fois ? Il y aura toujours de la place. Même moi je suis étonné de ce que je peux faire sans causer de problème.

Ça n'a pourtant pas toujours été comme ça. Même moi j'ai été un jeune asexuel naïf et sans expérience, qui est un sort que je ne souhaiterais à personne. Tout ce qu'on apprend sur la sexualité nous dit que ce n'est PAS un comportement optionnel. En ce qui concerne notre bonheur futur, trouver un bon partenaire sexuel est en tête de liste, avec avoir un travail et être propriétaire. Et tout comme il est de notre devoir pour la patrie d'avoir des bonnes notes et de savoir quelles sortes de produits acheter, il faut entamer notre périple semé d'embûches vers la félicité sexuelle donnée par une relation de couple.

Ce n'est pas ce qu'on veut entendre quand le sexe semble aussi naturel et agréable que de remplir se déclaration d'impôts. Le message n'est pas réjouissant : sans sexe, les relations ne comptent pas. Peu importe qu'on soit un excellent ami, ou à quel point on est proche de quelqu'un, il arrivera un point où l'autre privilégiera son partenaire (sexuel) par rapport à nous. La passion, l'amour romantique et le fait de tomber amoureux sont des sentiments qui requerraient des relations sexuelles, ce qui veut dire que pour nous asexuels, ils seraient tout simplement impossibles. Tout ce qu'on pourrait être c'est amis, comme dans "juste amis". On aurait donc le choix entre se forcer à apprécier le sexe et laisser tomber tout espoir que notre vie affective devient intéressante.

Ça va sans dire que, étant émotionnellement frustré, j'étais très insatisfait de ces pronostics. Je ne savais pas précisément ce qu'était l'intimité non sexuelle et comment elle fonctionnait, mais je ne comptais pas rester là à attendre comme une princesse son prince charmant, que cette intimité arrive et m'invite à prendre un café. Rapidement, mes amitiés les plus proches ont commencé à ressembler à des relations romantiques, et il n'a pas fallu longtemps pour qu'elles sortent même de ce cadre et ressemblent à tout autre chose.
J'ai réalisé que les relations étaient quelque chose d'enrichissant et d'agréable, de la même façon que le sexe pour les gens sexuels. J'ai découvert une quantité innombrable de nouveaux types de plaisirs, et il me semblait que je n'aurais jamais le temps de les explorer tous : de l'intellectuel au physique, de celui qui nous apprend des choses sur nous-mêmes au totalement frivole. Ceux qui croient que le mot "plaisir" a une connotation sexuelle devraient sortir de chez eux plus souvent.

J'aimais m'amuser, et tant que j'avais un partenaire prêt à m'accompagner, je pouvais le faire comme je voulais, où et quand je voulais. Ma vie, contrairement à ce qu'on m'avait dit à l'école, était sans aucun doute devenue émotionnellement intéressante. Que faire de ma vie, c'était une autre question. Avec toutes ces sources de plaisir disponibles, de plus en plus de mes amitiés faisaient pression sur les limites du "juste amis", soulevant une foule de questions au passage.

Je connaissais parfaitement la charmante petite distinction entre les relations platoniques et romantiques, qui amusait tant les autres jeunes, mais je n'avais jamais été certain de quelle façon elle s'appliquait à moi. Avec autant de types de liens qui rendaient le dessin flou, je n'avais aucune idée comment tracer une ligne aussi nette. Est-ce qu'avoir une totale confiance en quelqu'un était plus important que de se voir et s'amuser tous les jours ? Devrais-je donner un statut plus élevé à la personne à qui je fais des câlins qu'à celle qui finit mes phrases ?

Finalement, le langage du monde sexuel était mal équipé pour décrire un agenda asexuel bien rempli, donc j'ai du commencer à créer le mien. Qu'est-ce que veut dire être "plus qu'amis", si ça n'inclut pas le sexe ? Pour moi, tout pouvait être ramené aux trois T :

  • le temps : Ouvrez votre dictionnaire, les mots "sortir avec quelqu'un" parlent de temps. La durée créé les relations, et les relations qui ont de l'importance sont celles auxquelles je consacre du temps. Pour moi, sortir avec quelqu'un signifie qu'on joue un rôle significatif dans la vie quotidienne de l'autre, et inversement.
  • le toucher : Mis à part le sexe, deux personnes peuvent tirer beaucoup de plaisir de leurs corps. Câlins, danse, basket, bataille de polochons ; la majorité de mes relations les plus proches comprennent une forme d'affection physique ou une autre, qui peut aussi demander de se dépenser.
  • la parole* : Si je veux vraiment qu'une relation sorte des sentiers battus, je vais parler du fait qu'elle existe. Je vais dire à la personne ce que je ressens pour elle, je vais parler de ce que je voudrais retirer de cette relation, et je la laisserai faire de même.

Quand je sors avec quelqu'un qui m'intéresse, ce sont les trois choses auxquelles je pense. C'est ce que je raconte à mes amis, et comment je vois la progression de mes relations : mes propres réponses asexuelles au système de base.

Ceux qui font attention noteront que dans ce contexte, la monogamie est un concept quelque peu flou. Il est assez difficile d'être sexuellement exclusif quand on n'a de relations sexuelles avec personne. Marie-couche-toi-là que je suis, j'ai tendance à préférer les liens avec des communautés plutôt qu'avec des individus, ne laissant jamais une relation éclipser tout le reste de ma vie. Je me retrouve à penser non en terme de petits copains ou petites copines mais en terme de réseaux, de communautés entières avec lesquelles j'ai une relation intime d'une façon ou d'une autre. Pourquoi ne s'accrocher qu'à un fil quand je peux m'installer dans une toile de relations renforcée par quelques fils particulièrement solides ? J'ai bien l'intention d'élever des enfants, pourquoi ne pas leur construire un village ?

Le bon sens nous dira que rien de tout ça ne marchera. Les gens que je vois pourraient tous me laisser tomber pour quelqu'un avec qui ils peuvent coucher, mes réseaux sociaux pourtant solides se désagrègeront en petits enclos de monogamie, accessibles seulement de façon fugace. Mais le bon sens a déjà eu tort. Au fur et à mesure que dans mes relations on parle de nos émotions, puis d'engagement, et que mes amis commencent à se marier sans disparaître de ma vie, la probabilité que je finisse tout seul semble de plus en plus mince. Étonnamment , mes amis sexuels sont tout à fait à l'aise avec le fait de redéfinir l'intimité (et en sont même un peu libérés). Même s'ils éprouvront certainement de la frustration sexuelle à un moment ou à un autre, ils n'ont pas de raison de la diriger vers moi. En fait, quand tout le reste marche, le sexe n'est pas si important que ça.

L'amour est une chose curieuse. Dans un mode où les relations sexuelles sont saturées d'attentes, de règles, de scripts prédéfinis et de significations imbriquées, un asexuel pratiquant l'intimité comme moi se trouve face à une immense étendue de territoire inexploré. Si vous êtes intéressé, on peut aller chez moi prendre un café et en discuter. www.asexuality.org/fr/

Passez-moi un coup de fil.

2e partie
____________________________
* "Talk" en anglais