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26 avr. 2013

Journée de l'asexualité

Journée de l'asexualité

Aujourd'hui (26 avril) c'est la journée de l'asexualité, organisée par AVA. Allez-voir les contributions sur le site de la journée !

13 nov. 2012

L'asexualité est queer

Si vous ne connaissez pas encore l'Association pour la Visibilité Asexuelle, c'est le moment d'aller découvrir !
Ce qui suit est une traduction de Asexuality is queer, publié par Miller en septembre 2010.


Depuis un moment, je voulais écrire sur la relation entre les asexuels et la communauté queer. Ce sujet m'est cher, parce que je vis dans cette intersection. Je suis ouvertement gay et asexuel (ou plus précisément, entre les deux). Il est clair qu'il est dans mon intérêt que ces groupes s'entendent bien et soient les alliés l'un de l'autre. Mais je pense aussi que ces groupes devraient se rapprocher parce qu'ils font chacun progresser la cause de l'autre.

L'idéal queer est d'inclure radicalement toutes les minorités sexuelles et de genre. Cela ne veut pas seulement dire les gays, les lesbiennes, les bis et les transgenres. Ça veut dire la pansexualité, l'intersexualité, le polyamour, le fétichisme, les remises en question, la fluidité, l'asexualité, et l'intersection de toutes ces minorités avec le genre, l'origine ethnique, le handicap, la classe sociale, et tout ce que vous pouvez imaginer. L'idéal queer est de faire exploser toutes les fausses divisions binaires et les normes sociétales qui désavantagent excessivement ces minorités. C'est le rêve impossible.

Les asexuels font partie de ce rêve, mais pas juste parce que c'est une minorité sexuelle. Ce n'est pas non plus parce qu'il y a une intersection entre les asexuels et ces autres minorités, même s'il y a effectivement une grosse intersection.

Décomposition de la communauté asexuelle
Une décomposition de la communauté sur AVEN. Il faut être prudent, puisque ça ne repose que sur deux sondages sur internet, mais on n'aura pas de données vraiment meilleures que celles-là avant longtemps. "Romantic orientation" indique avec des personnes de quel(s) genre(s) les asexuels sont enclins à former des relations amoureuses. "Assigned" fait référence au sexe (garçon ou fille) qui a été assigné à la naissance. "Cis" veut dire que l'identité de genre correspond au sexe assigné à la naissance.

L'asexualité fait partie du rêve impossible parce qu'elle remet en question beaucoup d'idées profondément ancrées sur la sexualité et les relations. Elle contredit l'idée que le sexe et l'amour vont toujours ensemble. On le sait tous déjà plus ou moins, inconsciemment, mais il n'y a pas de démonstration plus claire que l'existence de gens qui ont des sentiments amoureux mais pas de désir sexuel. Et évidemment les relations non sexuelles ne sont pas plus "pures" ; c'est juste comme ça que sont les gens, ça n'a rien à voir avec la vertu.

L'asexualité nous pousse à parler sérieusement de la fluidité. Les gens supposent souvent que les asexuels ont juste une maturité sexuelle tardive, ou qu'ils ou elles n'ont pas rencontré la bonne personne. Ces personnes ont une vision très naïve de la fluidité, comme si tout le monde changeait constamment, mais changeait dans des directions spécifiques, en rentrant dans des normes spécifiques. Beaucoup d'asexuels ne changent pas, mais quelques uns changent. Et ce n'est pas gênant, parce que les gens peuvent s'identifier d'une certaine façon sans avoir à s'engager définitivement avec une certitude absolue. Le mieux qu'on puisse faire est de proposer des espaces où les gens sont autorisés à se poser des questions sur eux, et où de nouvelles découvertes de soi sont acceptées, et même félicitées. La fluidité n'est pas une trahison, après tout.

L'asexualité contredit l'idée que les relations sexuelles et amoureuses sont la forme ultime des relations interpersonnelles et du succès. Si c'est le cas, pourquoi des gens se portent très bien sans ? Les relations sexuelles sont considérées comme l'unique et la meilleure source d'intimité dans nos vies, alors qu'en fait il existe d'autres sources. On a des amis, on fait partie de communautés, et on peut créer de nouvelles relations qui sont inclassables comme amitiés ou comme relations amoureuses. De la même façon que les homos ont ouvert de nouvelles possibilités pour les relations sexuelles, les asexuels ont le pouvoir d'ouvrir de nouvelles possibilités pour les relations non sexuelles.

Malheureusement, le rêve impossible n'est pas là, et les asexuels le savent. La communauté asexuelle est divisée entre les gens qui veulent faire partie du mouvement queer, et les gens qui ne veulent pas (manifestement, je suis radicalement avec les premiers). Quand on demande aux gens du second groupe pourquoi, ils donnent trois raisons. La première raison, c'est qu'ils ne sont pas gays, et donc ne font pas partie de la communauté gay. Je trouve que c'est triste, parce que ça veut dire que la communauté queer rate tellement son objectif d'inclusivité radicale que les gens ne la voient comme rien de plus qu'un groupe de gens homos.

La deuxième raison, c'est qu'ils trouvent qu'on a besoin d'espaces distincts. Cette objection vient juste d'un simple malentendu. Je ne milite pas pour qu'on dissolve nos différentes communautés et qu'on fusionne en un tout amorphe. Je suis pour qu'on soit tous alliés et amis, pour qu'on se battent pour les causes les uns des autres, et pour rendre nos espaces respectifs accueillants les uns pour les autres.

La troisième raison que les gens donnent, c'est qu'ils ont essayé de participer à un groupe queer, mais que ça ne s'est pas bien passé. Beaucoup d'asexuels, en découvrant le concept la première fois, pensent d'abord que l'endroit où aller est la communauté queer. Et quand ils y vont, ils découvrent que certains groupes queer ne sont pas plus tolérants que n'importe qui d'autre. Parfois ils sont pro-sexe de la manière la plus naïve qui soit. Souvent c'est simplement de l'ignorance, et rarement, de l'ignorance délibérée.

Il y a un problème plus difficile qui est le thème de ces groupes. Ils sont très axés sur le sexe. Et c'est très bien, jusqu'au moment où c'est à l'exclusion de tout le reste. Quand c'est la seule chose qui existe, je trouve que ça dénote un manque d'imagination.

Et au cas où tout ça paraîtrait sans espoir, laissez-moi vous dire une chose : je suis en train d'écrire ceci depuis un lieu queer à l'instant. Je suis assis dans une résidence universitaire aux couleurs LGBT, où je profite souvent des repas et d'internet. J'aime vraiment cet endroit. Je reconnais que si je me sens bien dans des endroits queers, c'est grâce à une série de circonstances heureuses. Mais certaines circonstances ne sont pas dues au hasard ! C'est le hasard si je suis suffisamment privilégié pour pouvoir aller à l'université, mais ce n'est pas le hasard si les groupes queers universitaires réussissent si bien à être radicalement inclusifs. C'est le résultats d'efforts continus et intentionnels. Continuons comme ça !


9 nov. 2012

Création de l'Association pour la Visibilité Asexuelle

Chers lecteurs,
Si je n'ai pas beaucoup traduit ce dernier mois, il y a une explication (sisi !) : j'ai participé à la création de l'Association pour la Visibilité Asexuelle, et en particulier à la mise en place de son site.

AVA – l'Association pour la Visibilité Asexuelle – entend donner une voix aux personnes asexuelles. Elle s'engage à favoriser la reconnaissance de l'asexualité comme une orientation sexuelle à part entière et à fournir à chacune et à chacun les outils nécessaires pour mieux comprendre l'asexualité et se comprendre soi-même.
logo d'AVA


Pour ceux qui connaissait l'ancienne AVA, on a repris son nom puisque nos objectifs étaient les mêmes : faire connaître l'asexualité en tant qu'orientation sexuelle, dire que les asexuel·le·s ne sont pas "cassé·e·s" ou malades, et permettre aux asexuel·le·s qui s'ignorent de mieux se comprendre.

Je vous invite à regarder le site, à nous dire ce que vous en pensez, et à le faire partager à tous vos ami·e·s qui ne rêvaient que de la création de cette association. (non ?)


Et en plus de ça, vous êtes convié·e·s à la Mutinerie le 18 novembre prochain à 17h, parce qu'AVA (ok, CalinLapin et moi) y fera une présentation/discussion sur l'asexualité. L'évènement facebook est ici, inscrivez-vous !
Ajout post-présentation : le compte-rendu est ici.

18 oct. 2012

Comment les médias voient l'asexualité

Ceci est une traduction de Media imagery of asexuality, posté en avril dernier par aceupyoursleeve.


What is asexuality to the media?
Récemment il y eu une discussion à propos de la couverture d'une potentielle anthologie d'histoires d'amour asexuelles, The Heart of Aces. Tout a déjà été dit, mais ça m'a rappelé autre chose que je voulais faire. Donc voici une analyse des images que les médias considèrent appropriées pour illustrer des articles sur l'asexualité, parce qu'elles ont l'air de tomber dans plusieurs catégories, donc je peux peut-être en apprendre quelque chose. Je mettrai les liens des articles, mais ce n'est pas une critique de ce qu'ils disent ; ce qui m'intéresse, c'est le type d'image qu'ils utilisent. Et après chaque catégorie, je ferai un commentaire sur ce que je crois avoir appris de l'asexualité d'après l'image, et (pour les gens peu au courant de l'asexualité) pourquoi je trouve que ça fonctionne ou pas, dans l'éventualité où des gens googleraient frénétiquement en ce moment pour trouver l'inspiration pour le type de photos qui accompagnera leur article sur l'asexualité.

Pour ceux d'entre vous qui ont plus un penchant visuel, j'ai fait un système simple qui évalue comment ces représentations visuelles me font me sentir moi, parce que sinon quelqu'un de perdu serait capable de rater carrément ce que je veux dire :



Le camp des gens sans sexe ou en plastique

C'est la catégorie la plus ridicule, parce que j'imagine des journalistes s'énerver et s'écrier "On n'a pas la moindre idée du type d'image qui serait approprié ici. Pas de sexe ? Essayez une barbie, elles n'ont pas de sexe. Ou une poupée !" En fin de compte, c'est une catégorie désastreusement répandue.

Ce que j'ai appris : Les asexuels n'ont pas d'organes sexuels.

Pourquoi les poupées en plastique ne marchent pas : Ces images n'ont aucun rapport ! Je ne suis pas né-e dans une boîte avec des sous-vêtements en plastique imbriqués à mon corps. L'histoire devrait s'arrêter là, mais j'ai entendu parler de manuels sur la sexualité qui répandent l'idée qu'être asexuel veut dire être né-e sans organes sexuels, donc s'il vous plaît n'aidez pas cette erreur à se propager encore plus. Si ce que je dis vous surprend, voici des sites sur l'asexualité. Allez plutôt lire ça, vous avez des choses à apprendre.

En résumé : On est vraiment dans le n'importe quoi, si vous en êtes réduit à mettre une poupée en plastique pour représenter une minorité sexuelle, vous feriez mieux de ne pas mettre d'image du tout.

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Le camp des couples sortis des banques d'images

Ceux-là méritent leurs propres commentaires. Certains sont ce que j'appelle des "couples indifférents", d'autres sont des "couples à-bonne-distance", mais je vous laisserai le soin de décider lesquels sont quoi.

Un hipster refuse d'excellents chocolats de Saint-Valentin, ou, comme dit de manière éloquente la recherche par image de Google, "rejeter quelqu'un". Image aussi utilisée pour "Comment dire non à quelqu'un avec classe le jour de la Saint-Valentin", "J'ai demandé à quelqu'un s'il voulait sortir avec moi et il a dit oui ...pour blaguer", "Est-il un bourreau des cœurs ?", et "Vous vous trouvez nul en amour ?"

Ce que j'ai appris : Les A refusent votre amour et/ou vos chocolats.

C'est l'image "Pieds d'un couple au lit. Séparation et divorce" ! Généralement mise avec des textes sur les problèmes d'érection et autres dysfonctionnements sexuels.

Ce que j'ai appris : Les couples asexuels sont incapables d'acheter des draps suffisamment longs.

Shutterstock appelle cette photo "La jeune femme malheureuse avec une migraine et son joyeux mari regardant la télé au lit. Le conflit familial" Au premier abord, il n'a pas l'air très joyeux, mais je vous assure, c'est comme ça qu'un asexuel sourit.

Ce que j'ai appris : L'asexualité est causée par des maux de têtes serre-têtes chroniques.

C'est l'image "jeune couple se souriant au bord de l'eau". Ils se touchent intimement par l'extrémité du coude. Cette photo est aussi disponible en couleur, mais je ne peux pas le savoir parce qu'en tant qu'asexuel-le, je ne vois qu'en niveaux de gris. Au moins ils ont l'air assez heureux. C'est peut-être parce qu'ils ont une piscine infinie.

Ce que j'ai appris : Malgré notre mode de vie incolore, les asexuel arrivent à sourire.

Shutterstock explique : "Portrait d'un jeune homme malheureux assis seul pendant que sa femme dort dans le lit". Aussi vue avec "4 signes que vous utilisez le sexe comme une arme" et divers articles sur l'éjaculation précoce.

Ce que j'ai appris : Je commence à me dire que le couple aux pieds et le couple à la migraine doivent être bien jaloux de la femme de ce gars. Elle doit être la seule à bien dormir dans le coin.

Enfin un couple heureux ! Ils s'habillent pareil, se tiennent la main, et sont aussi loin que possible l'un de l'autre sans se fatiguer le bras.

Ce que j'ai appris : La distance et la coordination des couleurs sont les clés de l'harmonie dans une relation asexuelle. Pas mal, mais ne vous rapprochez surtout pas !

Voici un couple qui se regarde avec appréhension à travers l'espace entre leurs lits jumeaux, dans un mièvre bonheur conjugal.

Ce que j'ai appris :  Les couples asexuels vivent dans les années 50 et choisissent des couleurs ternes pour leurs habits et leurs décors.

Pourquoi les couples indifférents ou à-bonne-distance des banques d'images ne marchent pas : Les asexuels ne vivent généralement pas une vie sans passion, et on ne passe pas tout notre temps sur des draps blancs à ruminer toutes ces relations sexuelles qu'on a soi-disant pas. Si vous pensez utiliser une photo qui va d'habitude avec les articles sur le divorce et les problèmes d'érection, pour un article basique type "L'asexualité existe", essayez de réfléchir une minute à pourquoi ça pourrait être problématique. L'autre lecture de beaucoup de ces photos est que une seule personne dans chaque couple est asexuelle et qu'ils se rendent malheureux l'un l'autre à cause de ça, ce qui n'est pas une insinuation très sympathique pour les asexuels et leurs partenaires. Une personne asexuelle peut très bien avoir autant envie d'intimité que n'importe qui, et peut avoir des relations sexuelles ou non. Bien sûr les asexuels aromantiques ne sont pas représentés par ces images se concentrant sur le couple classique, et toutes ces images donnent une vision hétéronormative, alors que dans la communauté asexuelle, ce n'est pas le cas. Quelqu'un de plus intelligent que moi pourrait écrire des pages là-dessus.

En résumé : Par pitié, ne projetez pas ce que vous imaginez sur nos relations.

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Le camp des demoiselles grises et tristes

C'est un camp qui émerge ; je ne pense pas que ce soit vraiment un camp encore, et ça n'en deviendra peut-être pas un. Ouvrez l’œil pour voir s'il devient quelque chose de cette catégorie naissante. La première demoiselle grise a un mur en stuc à caresser. La deuxième n'a pas de mur, alors elle est encore plus triste.

Ce que j'ai appris : Les asexuels sont délicats, pâles, et nus.

Pourquoi les demoiselles grises et tristes ne marchent pas : En fait, personnellement je suis plutôt pâle. Vous avez raison là-dessus.

En résumé : Ça n'a rien à voir avec mon orientation sexuelle.

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Alors comment se place The Heart of Aces ?

Je dirais que c'est un mix entre le couple indifférent tiré d'une banque d'images et les demoiselles grises et tristes. On a les draps blancs, la main dans la main à distance et les vêtements assortis des couples de banque d'images, avec la pâleur, la nudité et le malaise des demoiselles grises. On peut aussi y voir les gens en plastique ; elles sont un peu raides et étonnamment désexualisées pour des gens en lingerie sexy.

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J'ai gardé le meilleur pour la fin, le camp des photos d'asexuel-les :

C'est mon camp préféré parce qu'on est dans le domaine du réel, et que les draps blancs sont réduits au minimum. On a des couples A, des relations sexuel-asexuel, des asexuel-le-s aromantiques, des homo-romantiques, etc. Il y a eu une inquiétude pour la couverture de Heart of Aces, et je voudrais soulever le problème ici. J'ai bien regardé s'il y avait des articles de médias avec des personnes de couleur asexuelles représentées sur les photos, et j'ai vraiment eu du mal à en trouver. Siggy en parle, et il y a un tumblr ici.

Ce que j'ai appris : Je suppose que les médias ont du mal à illustrer l'asexualité parce que si vous prenez une photo d'un-e asexuel-le, c'est juste une photo d'une personne, et ce n'est probablement pas assez intriguant. C'est possible aussi qu'ils n'aient pas facilement accès à des photos de vrai-e-s asexuel-le-s, bien que je ne trouve pas que ce soit une excuse pour mettre une image qui n'a aucun rapport avec nous.

Pourquoi ça marche : C'est très simple. Les personnes asexuelles sont des personnes réelles.


6 oct. 2012

BD - Le placard asexuel

Comme promis en mars, voici le retour du webcomic Poly in Pictures de Lotte Lodge, qui parle de polyamour, d'(a)sexualité et de genre, et que je vous conseille toujours fortement. J'ai traduit le numéro 38, Asexual Closet.


Allez viens, on va parler à tes colocs. - J'ai pas envie ! Ils vont rigoler.
Bon d'accord, mais c'est la dernière fois. Ouvre ta braguette, moi je me décoiffe ...


29 sept. 2012

2012 : Intégration des asexuels dans les mouvements LGBTQ

La semaine dernière, David Jay (pour ceux qui ne suivraient pas, c'est le fondateur d'AVEN) a fait une vidéo où il explique ce qui s'est passé en 2012, et comment le travail de visibilité a vraiment commencé à décoller.
J'ai fait des sous-titres en français. S'ils ne s'affichent pas automatiquement, il faut cliquer sur l'icône de gauche dans la barre en bas.


Transcript :

Salut, c'est DJ. Je voulais vous tenir au courant du super travail de visibilité qui s'est fait ici aux USA pendant l'année 2012.

Beaucoup d'entre vous savent que 2012 a été une grosse année pour le mouvement asexuel. On a été à la World Pride pour la 1ère fois, en grande partie grâce à Michael Dorray[?] (UK) qui a été super, vraiment génial. Et c'est une année où, plus que jamais auparavant aux USA, on a commencé à s'intégrer au mouvement LGBTQ, qui est est une force politique vraiment active, vraiment puissante, et c'est surtout grâce au travail de Asexual Awareness Week qui a démarré l'année dernière et qui nous a vraiment rendu plus connu, et aussi grâce à Angela Tucker et au documentaire incroyable qu'elle a produit.

Voilà ce qui s'est passé cette année.

Début février je crois, on est allé à une conférence qui s'appelle Creating Change. C'est LA grande réunion que les militants LGBTQ ont aux USA, et tous les grands noms étaient là : les gens qui se battent pour le mariage pour tous, les gens qui se battent pour aider les jeunes trans, etc. Et on a passé notre documentaire.

On ne s'attendait pas à ce qu'il y ait beaucoup de monde, la plupart des activités à Creating Change attirent une quinzaine de personnes. On a eu 150 personnes. On a rempli la pièce, c'était plein à craquer, parce qu'en fait, il y a des tonnes et des tonnes d'associations où il y a des asexuels, ou à qui des asexuels sont venus demander de l'aide ou des espaces pour eux, et qui n'ont pas su comment créer ces espaces pour les A, les asexuels gris et les demi-sexuels. Alors des tonnes de gens sont venus !

Après ça on a eu une grande assemblée, deux grands groupes, où tous les asexuels de la conférence se sont réunis et ont parlé de comment on pourrait changer la façon dont les A, les A gris et les demis sont vus par la communauté LGBTQ. C'était vraiment génial. Et cette année, on a vu les effets de tout ça.

Donc ça a commencé avec un truc qui s'appelle le projet Trevor, que vous connaissez peut-être. Le projet Trevor c'est comme une hotline, c'est une permanence téléphonique à  l'écoute des jeunes LGBTQ, en particulier les jeunes qui pensent au suicide. [...] ils ont aussi un forum, et ils ont décidé qu'ils allaient vraiment donner de l'importance aux expériences asexuelles dans la formation que reçoivent les gens qui répondent à la hotline, et ils vont ajouter des services pour les asexuels. Et ils ont eu beaucoup de réactions négatives à cause de ça. Des gens qui n'avaient pas entendu parler de la communauté asexuelle, et qui ne savaient pas de quoi il retournait, ont écrit au projet Trevor "Vous devriez vous concentrer sur les jeunes LBGT, les jeunes queer. Vous n'êtes pas censés vous occuper de ça." Mais le projet Trevor a dit "Non, la communauté A fait partie des gens qu'on représente, ce sont des jeunes qui ont des difficultés, qui se sentent isolés, et on veut que notre service leur soit accessible aussi."

Donc j'ai été faire une présentation chez eux, et les réactions ont été incroyablement positives. C'est simplement la première organisation, parmi beaucoup d'autres qui aident les gens, qui veut vraiment comprendre l'asexualité, et l'inclure dans ce qu'ils font. On a besoin de gens qui puissent contacter cette organisation et les aider à comprendre comment être au service de notre communauté. Et on a encore plus besoin de gens qui sont A gris et demi-A et qui puissent faire ce genre de travail d'éducation, parce que beaucoup de ceux qui sont déjà en train de le faire, comme moi, sont asexuels.

Donc c'est la 1ère chose importante qui s'est passée. La 2e chose qui est arrivée, qui est tellement incroyablement énorme, c'est qu'on a reçu un coup de fil du National Gay and Lesbian Task Force,
c'est un des groupes les plus importants qui milite au niveau politique aux USA. Et le groupe de travail (le NGLTF) a dit qu'ils allaient créer un document qui serait un début de projet de loi anti discriminations et qu'ils distribueraient ça dans toutes les villes et à tous les conseils régionaux des USA. Dans cette proposition de loi, ils définissent l'orientation sexuelle comme hétéro, homo ou bisexuelle, ce qui veut dire qu'il est interdit de faire de la discrimination en fonction de si quelqu'un est hétéro, homo ou bi. Et ils nous ont appelé pour nous demander si on voulait qu'ils ajoutent l'asexualité à la liste, parce qu'ils nous avaient vu être très présents à la conférence. Parce qu'ils ont commencé à voir d'autres organisations qui s'intéressaient à nous, ils ont voulu faire la démarche de nous intégrer.

D'abord, c'est une immense victoire. On a déjà l'état de New-York qui protège des discriminations
les gens qui sont asexuels. Si d'autres états et d'autres villes peuvent commencer à prendre des mesures similaires, c'est pas seulement une bonne base de travail légalement, mais c'est une formidable déclaration, dont on pourra se servir quand on fera d'autres types de choses comme un signe de notre légitimité dans le monde. C'est énorme. Ce n'est pas seulement énorme pour les implications légales, mais c'est énorme parce que c'est un signe que des organisations à but non lucratif qui se battent tous les jours pour soutenir les LGBT, pour réformer les services de santé,
pour réformer le système légal, que ces organisations veulent toutes inclure les asexuels maintenant. C'est vraiment la 1ère année que, de façon générale, on est remarqué et qu'on veut visiblement être inclus. Donc c'est le moment de rentrer en contact avec ces organisations et de leur faire savoir comment ils peuvent nous comprendre, s'associer à nous, et travailler avec nous pour faire changer les choses.

Si je vous raconte ça, c'est que j'espère que ça vous encouragera à commencer à chercher des organisations avec lesquelles on peut s'associer. C'est aussi pour que vous sachiez que la prochaine conférence Creating Change approche. C'est fin janvier et on est déjà en train de proposer des présentations. On espère que cette année on sera vraiment très présents à la conférence, parce que cette année les gens vont vraiment chercher à intégrer l'asexualité à ce qu'ils font. Je sais que moi je vais y aller, des gens de Asexual Awareness Week vont y aller, des gens de l'équipe Projet (d'AVEN) vont y aller, il y aura un certain nombre de militants de tout le pays qui vont aller à Atlanta pour cette conférence, et ça devrait être vraiment cool.

Donc si vous voulez venir avec nous, ou si vous voulez rentrer en contact avec des organisations dans votre région, ou si vous avez envie d'assister à une conférence, alors contactez-moi (david at asexuality point org) et je tacherai de vous mettre en contact.


21 sept. 2012

Il paraît que les asexuels existent

Il y a régulièrement des articles sur l'asexualité dans les médias. Quelques uns sont très bien, et beaucoup racontent n'importe quoi. Il semble que dans ces cas-là, le journaliste, ou le psy/sexologue/sociologue qu'il ou elle interroge, ait entendu le mot "asexualité" quelque part et raconte ce qui lui passe par la tête à partir de là, sans avoir jamais parlé à un·e asexuel·le ni fait de recherches.

Voici donc la traduction de Asexuals Exist or Something, Says Book, But They Are Probably Sad Like This Cookie, de queenieofaces, une parodie d'un article sur l'asexualité.
 


Il paraît que les asexuels existent, dit un bouquin, mais ils sont sûrement tristes comme ce cookie.
Par quelqu'un-qui-n'aime-pas-vérifier-ses-sources.

Cookie cassé en forme de coeur
Légende : Les asexuels aiment faire des gâteaux, mais ils ne croient pas aux cookies en forme de cœur, et les fracassent donc avec une rage haineuse.

A peu près 1% de la population mondiale est "asexuel", selon des experts. Ça veut dire que 70 millions de gens ne ressentent pas d'attirance sexuelle pour les autres, ce qui veut grosso modo dire qu'ils détestent tout le monde.

"Je ne déteste pas les gens", dit un asexuel quelque part (23 ans). "J'aime même pas mal de personnes. C'est juste qu'ils ne m'attirent pas sexuellement."

Comme le montre cette citation, les asexuels souffrent d'un manque d'émotions humaines. Les asexuels ne ressentent pas le besoin de former des liens avec d'autres gens, et aiment vivre seuls dans des cartons dans les bois. Un large pourcentage d'entre eux (74.3% selon une étude faite en Grande Bretagne) aiment jouer des airs tristes sur un ukulélé légèrement désaccordé.

"L'asexualité est causée par des ondes aliens de l'espace", dit Anthony Bogaert qui est au Canada où il est aussi professeur. En tout cas, il a probablement dit quelque chose comme ça. C'était dans le Daily Mail et on s'est pas fatigué à vérifier.

Des experts expliquent que les "asexuels" sortent de l'ombre seulement maintenant pour pouvoir recruter de jeunes esprits purs à leur cause. Leur but ultime est que tout le monde ait du diabète à cause des cookies pas en forme de cœur, pour que les gens n'aient plus de relations sexuelles.

"Il y a beaucoup d'idées fausses sur l'asexualité dans les médias." dit le très sexy David Jay, le fondateur d'AVEN, qui est tellement beau que ça nous attriste qu'il soit asexuel. Il a dit d'autres trucs aussi, mais on était trop occupé à le mater pour y faire attention.



J'en aurais bien d'autres à ajouter, du genre l'usage aléatoire des mots "asexuel" et "asexué", la grosse confusion avec l'abstinence, l'idée que c'est un phénomène récent en réaction à la société hypersexualisée, et bien sûr l'"expert" de service qui vous dit qu'il faudrait quand même voir un médecin parce qu'il y a probablement quelque chose qui tourne pas rond chez vous.


11 sept. 2012

L'asexualité, un refus de se poser plus de questions sur son orientation ?

Une des réactions des gens en apprenant qu'on est asexuel·le tourne autour de l'idée qu'on se "ferme" en se déclarant asexuel·le, qu'il faut rester "ouvert à d'autres possibilités". Pourtant la communauté asexuelle est particulièrement ouverte au questionnement. Depuis le début des communautés A, les asexuels remettent en question les définitions de l'attirance sexuelle, décrivent leurs expériences à travers les orientations romantiques, construisent les relations qui leur conviennent, pas forcément à l'intérieur des boîtes "romantique" et "platonique", et passent beaucoup de temps à en discuter.

Notre vision des choses est plutôt que l'important est de se connaître et d'être à l'aise avec son identité, quelle qu'elle soit. Alors se dire asexuel·le pour éviter d'autres questions ... ce serait une drôle d'idée.

Je cherchais un post sur ce sujet-là à traduire, et voilà ce que j'ai trouvé ! Mieux qu'un article, une image caricaturant l'accueil fait aux nouveaux ! L'image vient de
Asexual Curiosity, et l'auteur explique :
C'est grosso modo la réaction habituelle à quelqu'un qui arrive dans la communauté asexuelle. Ça explique pourquoi c'est un des pires endroits pour refouler sa sexualité.


http://asexualcuriosities.wordpress.com/2011/07/20/said-the-bad-asexual-fairy/
http://asexualcuriosities.wordpress.com/2011/07/20/said-the-bad-asexual-fairy/
Génial, t'es asexuel·le ! Est-ce que tu as déjà trouvé ton orientation romantique ?? On en a tous une ! (plus ou moins) Le gars là-bas est homo-romantique, il est attiré par les gens du même genre que lui, mais pas sexuellement ! C'est pas super ? Mais c'est pas fini ! Si ça t'aide pas, tu peux découper les concepts d'attirance de plus en plus finement jusqu'à ce que tu comprennes vraiment bien ce qui te fait marcher, et, hé regarde, une discussion sur les modèles d'intimité non traditionnels, tu viens ? Nous on s'en fiche de ce que tu décideras que tu es, l'important c'est que tu sentes que ton étiquette te corresponde et soit confortable, et si ces mots-là fonctionnent pas, t'as qu'à en inventer !! Invente des mots ! Vas-y ! C'est amusant ! Tiens, essaie quelques jeux de mots ! Ça te va ? Non ? Et ça ? Est-ce que ces modèles t'aident ? Regarde ! Je t'ai fait un graphe ! Et un autre graphe, j'aimais pas le premier ! Tu es à l'origine ! Maintenant tu es spécial·e ! Hourra ! Regarde, voilà un diagramme ridiculement compliqué ! Combien de dimensions en plus il te faut ? J'en suis à 26 ! Tu devrais essayer de tracer tes orientations vers les hommes et les femmes et peut-être les gens dont le genre n'est pas binaire ! Tu t'es pas encore posé des questions sur ton genre au fait ? Allez hop ! C'est supeeeeeer ! Et c'est quoi le genre de toute façon ? Reprends quelques étiquettes ...


1 sept. 2012

Visibilité

A défaut de traduire quelque chose, j'ai écrit un post sur l'importance de la visibilité pour les asexuels sur le blog Asexualité-s :


Je voudrais répondre à une question qu'on entend souvent, à la fois de la part des sexuels et des asexuels. Cette question c'est "Mais pourquoi parler de l'asexualité ?" "Parler de ce que vous ne faites pas, c'est quoi l'intérêt ?", "C'est strictement personnel, ça ne regarde personne autour de moi", "Il n'y a pas à en être fier" et autres "Vivons cachés, on sera bien mieux."



21 mars 2012

BD - Coalition

Cette semaine, je vous présente le webcomic Poly in Pictures de Lotte Lodge, qui parle de polyamour, d'(a)sexualité et de genre, et que je vous conseille fortement. Si vous êtes sages, je vous en traduirai un avec de vrais bonshommes une prochaine fois. C'est la traduction du numéro 74, Alliance.


Commentaire de Lotte :
J'aime bien le nouvel acronyme, MSG, pour minorités sexuelles et de genre. L'ancien, LGBTQIALPHABET, commençait à devenir un peu encombrant, non ?


17 mars 2012

Guide de l'asexualité pour les féministes pro-sexe

Ceci est une traduction de An Asexual Map for Sex-Positive Feminism, posté par Kaz sur le site Feministe en février 2012. L'article propose pas mal de liens, tous en anglais évidemment, mais je trouve que le texte a suffisamment d'intérêt en lui-même, même si on ne suit pas les liens.


Au point où en sont les choses, beaucoup d'asexuels qualifient le mouvement pro-sexe de malsain pour eux. C'est un problème qui doit être abordé par la communauté.

Une stratégie pour contribuer à changer cela est de parler davantage des préoccupations des asexuels, et plus généralement de ce qui concerne les gens qui ont peu de désir sexuel. Il est évident que beaucoup ne se sentent pas les bienvenus dans un mouvement qui s'occupe rarement de leurs problèmes, et où il est fréquent que les gens ne connaissent même pas les informations essentielles sur l'asexualité, comme le vocabulaire, les définitions et les problèmes courants. Cela servirait aussi à rendre visible les attitudes sexuellement normatives et anti-asexuel de la communauté féministe. Par exemple, quand on discute d'asexualité en public, les détournements prétendant s'inquiéter de la santé des asexuels sont nombreux, et vont jusqu'au rejet pur et simple de l'asexualité. La diabolisation des asexuels qui sont en couple est fréquente aussi. J'imagine qu'une personne pro-sexe qui voudrait combattre ces idées à la racine ne saurait pas où les trouver, alors que pour une personne asexuelle c'est souvent comme traverser un champ de mine.

Cela dit, j'imagine bien que "parler plus de l'asexualité et de nos problèmes" ne renseigne pas beaucoup quelqu'un qui n'aurait aucune idée ni de quoi on discute, ni de où se renseigner.

Donc, si vous êtes intéressé, je vous fais une petite introduction à l'asexualité en ligne : des liens vers des blogs, des explications sur les problèmes courants, et nos sujets de discussion. Je pense qu'il y a des sujets qui ont de l'intérêt pour d'autres gens que seulement les asexuels, et certains qui profiteraient réellement aux gens sexuels aussi. Pour être honnête, en général je trouve que tout mouvement qui prétend défendre les libertés sexuelles et qui s'occupe presque exclusivement des problèmes des gens dont le désir sexuel est dans la moyenne ou au dessus va passer à côté de questions primordiales, et que ça a de fortes chances de finir avec de nouvelles normes et obligations sexuelles. Je pense que le mouvement pro-sexe a besoin de l'asexualité, a besoin de réfléchir à ce côté des choses et aux problèmes auxquels les gens sont confrontés ici. Mais même si vous n'êtes pas d'accord, j'espère que certains des articles et des discussions vous seront utiles.

Blogs asexuels

Writing from Factor X, de Sciatrix. Elle est un peu moins active maintenant, mais elle faisait des listes de lecture hebdomadaires, et il y a une bonne liste de blogs.1

Asexual Curiosities, de SlightlyMetaphysical

Asexy Beast, d'Ily

Shades of Gray, d'Elizabeth

Charlie the Unicorn, de Charles

Hypomnemata, de Minerva

Confessions of an Ist, de Aydan

Love from the Asexual Underground, de David Jay. DJ est grosso modo le visage de l'asexualité, puisqu'il est le fondateur d'AVEN, la principale communauté. Son blog a peu d'activité, mais il a écrit des choses remarquables.2

Verbs not Nouns. Celui-ci est axé en particulier sur l'asexualité et le BDSM.

C'est juste un aperçu ; vous trouverez beaucoup d'autres blogs à partir de ceux-là (la liste de blogs chez Sciatrix est longue et à jour). Il y a aussi un festival de blogs asexuels, dont le post organisateur est chez Writing from Factor X.

En plus, vous croiserez probablement des mots que vous ne connaissez pas. La communauté asexuelle a un florilège de vocabulaire, et utilise d'autres termes (par exemple "libido") dans des sens très spécifiques. Charles a un bon glossaire, et il y a le wiki d'AVEN. (AVEN est souvent ce qui sera conseillé en premier pour avoir des infos sur l'asexualité. Le site principal a de bonnes informations, même si elles sont quelque peu dépassées, mais les forums ont des problèmes et je ne les recommande pas.)

Questions d'intérêt

Les définitions exploitables du consentement pour la communauté asexuelle. C'est plutôt compliqué. D'un côté, il y a bien des asexuels qui ont des relations sexuelles, qui peuvent prendre du plaisir au sexe, ou que ça ne gêne vraiment pas, ou qui le font pour faire plaisir à leur partenaire ou pour n'importe quelle autre raison, et la plupart d'entre eux ne rempliraient pas le critère du consentement enthousiaste3, mais seraient assez irrités d'apprendre qu'ils sont incapables de donner leur consentement. Mais d'un autre côté, ça rejoint ...

... Le problème du compromis. Les asexuels sont très exposés à un certain type de culture du viol, selon lequel dans un couple, le sexe est un dû à son partenaire, parce que refuser d'avoir des relations sexuelles est mal, injuste et cruel. Et dans les communautés asexuelles, on parle beaucoup de compromis : en gros, coucher avec son partenaire même si on n'en a pas le désir intrinsèque nous-mêmes. Comme vous pouvez l'imaginez, ça peut mal tourner. C'est encore une discussion que beaucoup de milieux pro-sexe ne gèrent pas très bien, parce que dans cette situation il y a souvent très peu d'empathie pour le partenaire asexuel (ou dans le même genre, pour le partenaire qui a moins de désir sexuel). En fait, ils sont même souvent diabolisés quand le sujet vient sur la table. Il y a aussi très peu d'empathie pour le fait que pour les asexuels, cela rejoint ...

... Le problème du nombre. Beaucoup d'asexuels sont romantiques (généralement avec un préfixe d'orientation : hétéroromantique, homoromantique, biromantique) et tombent quand même amoureux et ont envie d'être en couple. Ils éprouvent de l'attirance romantique mais pas sexuelle. Sortir uniquement avec d'autres asexuels est le plus souvent très irréaliste : c'est une orientation rare, très peu visible, et très variée. Pour une femme homoromantique, les candidats sont les femmes asexuelles homoromantiques ou biromantiques, approximativement 0,1% de la population, sans même prendre en compte le peu de visibilité de l'asexualité. J'ai rencontré en vrai un total de un autre asexuel, sans prendre l'avion spécialement pour les voir. Sortir avec des gens hors de la communauté asexuelle est généralement la seule option, ce qui veut dire que la question du sexe doit être abordée.

Aussi en lien avec le nombre : certaines personnes sont aromantiques, c'est-à-dire qu'ils n'éprouvent pas d'attirance romantique. Et d'autres, comme moi, se disent "attendez une seconde, qu'est-ce que c'est que cette histoire d'«attirance romantique», et où est-ce que vous mettez la limite entre ça et les relations platoniques ? Je ne comprends pas ! Comment faites-vous la différence entre l'amour romantique et l'amour pour un ami ? ..."

Récemment, on s'est mis à appeler ça cqcb-romantique4 (même si j'aime bien appeler ça "l'orientation romantique de la division par le concombre" et que d'autres gens ont sûrement leurs termes préférés), pour dire que ça n'a aucun sens, qu'on ne comprend même pas la question. Ce qui occupe pas mal nos échanges, c'est des choses comme les relations qui ne rentrent pas dans l'opposition amour/amitié, la fidélité émotionnelle, la vie en commun et l'intimité hors des relations amoureuses, etc. Il y a des recoupements intéressants à faire avec le polyamour.

(Quelques termes spécifiques que vous pourriez rencontrer sur le sujet : "queerplatonique" désigne un lien ou une relation émotionnelle forte qui ne soit pas amoureuse, une "courgette" est un partenaire queerplatonique, et il y a divers jeux de mots sur les légumes basés là-dessus, de "potiron", la personne pour qui on a un faible queerplatoniquement, à "courgeter", flirter queerplatoniquement.)

Il y a aussi des échanges à propos du mouvement pro-sexe. Ce que vous ne savez peut-être pas, c'est qu'il y a souvent une pression exercée sur les asexuels pour qu'ils se déclarent pro-sexe et se comportent d'une manière "pro-sexe" pour prouver qu'ils ne croient pas les sexuels moralement inférieurs et ne sont pas anti-sexe. (Notre identité est fréquemment interprétée comme intrinsèquement anti-sexe, et/ou comme un jugement sur les autres, même quand il est dit explicitement que ça décrit des sensations personnelles, et pas un comportement. Cela arrive particulièrement souvent aux demisexuels5.)

Je ne suis pas pro-sexe. C'est principalement parce qu'on m'a fait sentir que je n'étais pas la bienvenue parmi les féministes pro-sexe, mais c'est aussi partiellement en réaction contre cela. J'en ai marre d'avoir l'impression que ne pas se faire le porte-parole des merveilles du sexe (pour les sexuels) veut dire que je suis anti-sexe et que je donne une mauvaise image de l'asexualité. J'en ai marre qu'on dise aux asexuels qu'ils ne devraient pas parler de leurs propres expériences négatives avec le sexe sous prétexte qu'il faut impérativement être pro-sexe.

Ceci dit, ces deux dernières années, j'ai vu davantage de gens hors de la communauté asexuelle qui cherchaient activement à engager la discussion d'une manière constructive sur les problèmes asexuels. J'ai beaucoup d'espoir que cette tendance continue !

Bons exemples d'articles par des alliés

Mary Maxfield Brave parle de son expérience dans les milieux asexuels, et de ce que les sexuels peuvent apprendre des communautés asexuelles.

Heather Corinna du site d'éducation sexuelle Scarleteen demande des idées pour inclure l'asexualité dans l'éducation sexuelle.

Chally parle de l'asexualité sur Feministe.

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1 Un article de Sciatrix en français
Les articles traduits de Love from the Asexual Underground
3 Le consentement enthousiaste est un modèle proposé par la communauté pro-sexe selon lequel on ne peut consentir à des relations sexuelles qu'avec enthousiasme (qu'il soit verbal ou non). L'intérêt de cette définition est de montrer que la simple absence de "non" n'est pas un consentement valide, pour mieux combattre le viol. Par contre elle pose problème car il serait impossible pour les prostitués, les asexuels, ou même des gens essayant de concevoir un enfant pendant l'ovulation par exemple, de consentir.
4 cqcb-romantique : cestquoicebordel-romantique. (whatthefuck-romantic en anglais)
5 Les demisexuels n'éprouvent pas d'attirance sexuelle, sauf s'ils développent un lien émotionnel fort avec quelqu'un.

5 mars 2012

Rescénariser le sexe

Je ne vous ai certainement jamais parlé de mon admiration pour Holly Pervocracy et pour à peu près tout ce qu’elle écrit (faut dire qu'elle parle quand même rarement d'asexualité). Et donc comme dit Émilie, si vous ne connaissez pas encore, vous devriez commencer par lire sa traduction de l'article Rescripting Sex :

Rescénariser le sexe 
Il y a des scénarios dans la vie. Ces petites pièces, ces rituels sociaux, que l’on joue plutôt que d’essayer de reprendre à chaque fois toutes nos interactions de zéro. La plupart sont vraiment très simples. Il y a un scénario que l’on suit quand on quitte un magasin (« Passez une bonne journée. »), un scénario pour parler à une personne qui est triste (« Je suis vraiment désolé·e »), sans oublier le scénario pour parler à un chien (« Oh qu’il est gentil le chienchien !»). 
Et il y a des scénarios pour le sexe. Malheureusement, ceux qu’on rencontre le plus sont vraiment nazes !
Pas de rapport direct avec l'asexualité, je vous l'accorde, mais le consentement est une question importante pour les asexuels, en particulier s'ils ont des relations avec des sexuels. Je connais par exemple des asexuels qui aiment les calins mais les évitent, "parce que l'autre va croire qu'on veut aller plus loin", justement parce que ce scénario, rapprochement → bisous → tripotage → pénétration, est le seul que l'on connaît. Avoir d'autres scénarios à disposition, plus variés, et surtout qui permettent et encouragent beaucoup plus de communication aiderait grandement les asexuels dans leurs relations, sexuelles ou moins sexuelles.

31 oct. 2010

Une brève histoire des débuts d'AVEN

Ce texte n'est pas une traduction. Je l'ai écrit à partir des informations trouvées dans le podcast History Lesson de David Jay, sur la page Asexuality: The History of a Definition, et dans le numéro 20 de AVENues.


Durant toutes les années 90, des gens isolés décrivaient occasionnellement leur absence d'intérêt pour le sexe sur des message boards liés à la sexualité, en demandant si d'autres personnes étaient comme eux, mais n'ont jamais réussi à se regrouper à cause de leur faible nombre. En 1997 a été publié un article appelé My Life as an Amoeba (Ma vie d'amibe), sur lequel on pouvait poster des commentaires. C'est le premier endroit où des asexuels se sont regroupés et ont pu discuter.

En octobre 2000, le groupe Yahoo Haven for the Human Amoeba (Refuge pour l'amibe humaine) fut créé, mais à part le post d'introduction, il n'y eu aucune discussion jusqu'en février 2001. Haven for the Human Amoeba (HHA) était un tout petit groupe, avec des discussions très irrégulières. L'arrivée d'un nouveau membre générait un peu d'activité, qui mourait ensuite rapidement. En juillet 2001, le groupe atteignit 20 membres et commença à avoir des posts réguliers et une discussion continue. C'est à ce moment que David Jay entendit parler de HHA.

Fin des années 90, David est au lycée à Saint Louis, dans le Missouri. Il voit bien qu'il a quelque chose de différent, il ne se sent pas concerné du tout quand son entourage n'arrête pas de parler de sexualité. Il a pourtant la chance que son lycée compte une population homo et bisexuelle assez importante. Ses amis parlent souvent d'orientation sexuelle et du fait qu'il n'y a pas de problème à être différent. Il commence à utiliser le terme "asexuel" pour décrire ce qu'il ressent, et voit l'asexualité comme une sorte d'orientation. Il est persuadé qu'il existe une communauté asexuelle quelque part qu'il trouvera en allant à l'université.

En septembre 2000, il entre à l'université Wesleyan. Là, il rentre en contact avec l'association LGBT, qui n'a jamais entendu parler d'asexualité. Il fouille la bibliothèque universitaire (c'était avant les vrais moteurs de recherche), mais ne trouve rien. Il tombe ensuite sur l'article My Life as an Amoeba. C'est la première fois qu'il voit le mot "asexuel" appliqué à une personne, en dehors de ses propres écrits. Cela le pousse à créer une page web sur l'asexualité au début de l'année 2001, qu'il appelle Asexual Visibility and Education Network. (Il voulait l'appeler Human Asexual Visibility and Education Network pour faire HAVEN, havre en français, mais son colocataire trouvait ça nul.) Il n'y avait pas grand chose sur la page, simplement sa définition du terme "asexuel" :
Une personne qui n'est attirée par aucun des deux genres,
et quelques lignes demandant à quiconque était asexuel ou avait des informations là-dessus de lui écrire. Il reçoit quelques réponses et commence à correspondre par mail avec une demi-douzaine d'asexuels.

En août 2001, une personne lui écrit pour lui signaler le groupe HHA. Il participe aux discussions, qui ont donc lieu depuis quelques mois. A cette époque, les termes "asexualité" et "asexualisme" étaient utilisés de façon interchangeable. Les gens présents sur le groupe devinaient bien qu'il y avaient beaucoup d'autres asexuels qui s'ignoraient, et une des questions était de savoir comment les atteindre. La définition de l'asexualité était aussi sujette à beaucoup de controverses. Les antisexuels considéraient que le sexe était une mauvaise chose et que les asexuels étaient supérieurs aux autres gens. D'autres avaient une définition très stricte et fermée de l'asexualité, et voulaient poser une série de questions (concernant l'excitation ou la masturbation par exemple) aux nouveaux arrivants pour déterminer s'ils étaient vraiment asexuels. David faisait partie de ceux qui avaient une vision positive de la sexualité et pensaient que s'identifier à l'asexualité suffisait pour être asexuel.

La mailing liste HHA était très peu pratique pour discuter puisqu'on ne pouvait avoir qu'un seul fil de discussion. David voulait mettre en place un vrai forum qui servirait de lieu de rencontre et de discussion pour les asexuels. En mai 2002, il acheta le nom de domaine asexuality.org pour 25 dollars à son propriétaire, qui ne l'utilisait pas, puis passa l'été à refaire le site, lancer le forum et écrire les pages de Foires Aux Questions.

D'autres sites furent créés par les membres de HHA. Si AVEN a réussi à rassembler le plus de monde, c'est parce que, d'après David même, il était le meilleur webmaster, que le site avait le meilleur design, et surtout que la présence du forum permettait d'avoir plusieurs discussions à la fois.

Au bout de quelques mois et environ 50 membres, les contributions au forum commencèrent à être suffisamment nombreuses pour qu'il y ait du nouveau chaque jour. A partir de là, le forum se mit à grandir beaucoup plus vite, ayant atteint le point où il est intéressant pour les gens d'y revenir régulièrement. En novembre 2002, AVEN a dépassé les 100 membres, alors que David était au Ghana pour trois mois. Cette absence fut d'ailleurs l'occasion de nommer un second administrateur pour le site. Six mois plus tard eurent lieu les premières élections pour choisir des modérateurs, élections qui sont toujours au coeur de la vie d'AVEN.

25 oct. 2010

Relations avec les sexuels

Ce texte est une traduction de Relationships with sexual people, publié par David Jay en août 2006.


La plupart des gens dont je suis proche sont sexuels. Comme je fonde mon intimité sur les communautés auxquelles j'appartiens, aucune de ces relations n'est vraiment une Relation avec un grand R, mais ça vaut quand même le coup de le remarquer. J'ai été capable de faire énormément de choses dans mes relations sans que la question de la sexualité se pose (ou en tout cas sans que ça devienne incontrôlable.)

Mon secret a été d'apprendre à brouiller les frontières entre l'amitié et la relation amoureuse. C'est incontournable, pour les gens sexuels une relation amoureuse sans sexe est extrêmement limitée. Après tout, les relations amoureuses sont là où ils sont censés vivre leur sexualité, et leur demander d'en avoir une sans sexualité revient à leur demander de faire taire une bonne partie d'eux-mêmes. L'autre possibilité, comme on ne le sait que trop bien, est de nous demander de faire taire une partie de nous et d'avoir des relations sexuelles forcées par égard pour notre partenaire. La relation est contrainte de se développer autour d'une incompatibilité fondamentale. Notre capacité à tolérer la sexualité et la capacité de notre partenaire à tolérer son absence doivent s'étirer douloureusement jusqu'à se rejoindre. Ça marche. Si un Montague et une Capulet arrivent à construire une relation, un asexuel et un sexuel peuvent sûrement aussi, mais c'est pas forcément joli.

Qu'on s'entende bien, ce n'est PAS comme ça que je fais. Peut-être que j'ai mariné un peu trop longtemps dans la marmite couleur lavande d'AVEN, mais un arrangement centré à ce point sur la sexualité me fait frémir d'horreur. Si mes années de frasques asexuelles m'ont bien appris une chose, c'est que chaque fois qu'on parle de sexe, ce n'est jamais vraiment à propos de sexe. Il faut creuser un peu plus loin.

Qu'est ce que les gens sexuels veulent dire par "avoir besoin de sexualité" ? La science n'a encore jamais trouvé d'effet négatif au fait de se passer de sexe, à part la théorie générale qui veut qu'avoir trop envie de quelque chose et le réprimer soit mauvais. Quand ils n'ont pas de relations sexuelles, ils deviennent en théorie (mais pas forcément en pratique) de mauvaise humeur, et ce n'est pas drôle d'être avec quelqu'un de mauvaise humeur. Il pourrait être utile d'arrêter de voir la sexualité comme une pulsion naturelle, et de la voir comme une espèce d'identité. Pour la plupart d'entre vous qui m'écoutez*, l'asexualité est une partie importante de vous. On peut voir ça comme une boîte à outils d'idées et de définitions qu'on utilise pour réfléchir à nous et à nos relations, pour se décrire aux gens et de façon générale pour vivre sans être complètement perdu. (Ce qui ne veut pas dire que beaucoup d'entre nous ne l'ont pas été.) Et s'il en allait de même de la sexualité ? Et si le sexe et les désirs qui vont avec faisaient tellement partie intégrante de la façon dont les gens sexuels se voient et voient leur vie que leur demander subitement de vivre dans un monde sans sexe équivaudrait à nous demander de vivre dans un monde sans AVEN ?

(Ce n'est pas pour comparer AVEN et le sexe, vous savez bien lequel est le mieux.)

Donc les gens sexuels n'ont pas seulement besoin du sexe pour les endorphines, ils en ont besoin pour se comprendre et s'étudier. Le truc important à comprendre, c'est que nous n'avons pas à être l'arène de leurs réflexions pour être proche d'eux. On n'a même pas à les aider ; tout se qu'on a à faire est d'éviter d'être dans leurs pattes. Les gens sexuels sont tout aussi capables d'intimité non sexuelle que nous, ils en ont simplement moins l'habitude.

Alors comment évite-t-on d'être dans leurs pattes ? Faites-leur remarquer les faits. A moins que votre partenaire crève d'envie d'explorer sa sexualité avec quelqu'un qui n'a ni expérience ni intérêt pour la chose, sa relation avec vous n'est probablement pas l'arène qu'il cherche. Si vous n'avez jamais eu de relations sexuelles, jouez la carte de la virginité. Les gens se pâment devant l'univers de possibilités érotiques que leur première fois leur a ouvert ; vous regarderiez votre montre et demanderiez s'il y a quelque chose de bien à la télé. Et sans faire de comptes d'apothicaire, est-ce que votre partenaire a vraiment quoi que ce soit à perdre d'une relation avec vous ? S'il recherchait sexe, intimité et compagnon de vie, et n'a plus à chercher que le sexe, n'est-ce pas une belle amélioration ?

Il faut en convenir, c'est là que ça redevient délicat. Comme je l'ai dit dans les podcasts précédents, je suis un garçon facile, la plupart de mes amis le sont aussi, et aucun d'entre nous n'a vraiment de mal à séparer l'intimité du sexe. Tout le monde n'a pas cette chance. Pour certains, le sexe, l'intimité et la vie de couple ne peuvent pas être séparés si facilement. Ce n'est pas parce que l'intimité et la vie de couple sont là qu'un désir sexuel immuable arrive avec eux. (Cf pièce à conviction numéro un, dans laquelle les gens sexuels forment d'intenses relations platoniques les uns avec les autres depuis la nuit des temps.) C'est parce que quand l'intimité et la vie de couple sont servies avec des frites et une part de gâteau AVEN, le sexe est à la carte. Votre partenaire ne veut pas devenir plus intime parce qu'il se réserve pour une relation qui inclura du sexe et qui arrivera comme par miracle un jour sur son cheval blanc.

C'est dans ce genre de moment qu'il faut faire remarquer le problème de logique qu'il y a à "se réserver" pour quelqu'un d'autre. Le truc vraiment fantastique avec l'amour c'est qu'il y en a toujours. L'amour est une action, pas une matière première : quand on aime davantage, on devient meilleur en amour. Et à moins que chercher cette relation répondant à tous ses besoins soit un boulot de 40 heures par semaine (dans ce cas arrêtez-le !), il n'y a aucune raison qu'il ne puisse pas rendre cette relation plus riche en menant la relation avec vous aussi loin que possible. Et qui sait ? Une fois qu'il se sera servi une bonne grosse tranche de gâteau AVEN, le cheval blanc paraîtra peut-être de plus en plus sorti d'un conte de fée.

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* NDLT : Cet article est d'abord un podcast (disponible à la même adresse).

20 sept. 2010

Le guide du parfait asexuel pour expérimenter avec la sexualité

Ce texte est une traduction de The Trendy Asexual’s Guide To Experimenting with Sexuality, publié par David Jay en août 2006.

Il y a un peu moins d'un an, j'ai donné un cours à l'Institute for the Advanced Study of Human Sexuality (Institut supérieur des sciences de la sexualité humaine). Au début, les thésards et les professeurs qui remplissaient la pièce ne savaient pas bien quoi penser de moi, mais quand j'ai eu fini de parler, ils étaient époustouflés par le travail que nous faisons dans la communauté asexuelle. Une femme était si impressionnée qu'elle m'a invité à jouer dans son équipe d'Ultimate frisbee, et on a pris l'habitude de rester après l'entraînement pour parler chiffon.

C'est pendant une de ces discussions qu'elle a dit quelque chose qui m'a fait réfléchir. Elle dit que l'utilisation du préservatif chez les adolescents était directement proportionnelle au point auquel les adolescents s'attendaient à avoir des relations sexuelles. Quand ils savaient que c'était le cas, ils étaient prévoyants et prenaient leurs précautions. Mais quand ils ne s'imaginaient pas du tout avoir une relation sexuelle et qu'elle leur tombait dessus d'une façon ou d'une autre, les comportements à risques devenaient subitement très probables.

Ça m'a fait réfléchir à la communauté sur AVEN. Bien que peu d'entre nous aient des relations sexuelles, la plupart des asexuels sont à un moment en contact avec une forme ou une autre de sexualité. Pour ce que j'en ai vu, on n'en parle pas beaucoup, mais il semble que plus on discutera ouvertement des expériences des asexuels avec la sexualité, plus on en sera maître. La sexualité ne sera jamais comme une drogue pour nous comme elle peut l'être pour les gens sexuels, et ça en fait une perspective légèrement moins déplaisante, mais il y a quand même de nombreux risques émotionnels, relationnels et médicaux bien réels en jeu si on veut se rapprocher de la dynamique sexuelle. Avec de la prévoyance, on peut minimiser ces risques. Et que vous vous voyiez faire de nouvelles expériences dans un futur proche ou que vous vouliez juste être préparé, savoir comment approcher la sexualité sans risques et avec confiance est quelque chose que même ceux que le sexe répugne le plus devraient savoir.

** Attention : Une petite partie des expériences demande la manipulation de substances visqueuses. Ce type d'expérimentation, qui peut valoir le coup dans certaines circonstances, n'est pas ce qui nous intéresse dans cette discussion-ci. Si vous pensez qu'il y a une chance que l'expérimentation que vous prévoyez vous mette en contact avec des Substances Visqueuses, il est extrêmement important que vous vous familiarisiez avec les moyens de les manipuler sans danger. Après avoir passé en revue plusieurs sites, je recommande Wikipédia pour obtenir des informations complètes et appropriées aux asexuels sur le sujet.**
http://fr.wikipedia.org/wiki/Sécuri-sexe

Qu'est-ce que j'entends par "expérimenter avec la sexualité" ?

Les substances visqueuses mises à part, la sexualité est quelque chose de social. C'est une certaine façon de penser, d'agir et de ressentir qui est très naturelle pour la plupart des gens mais qui nous paraît complètement étrangère. Faire ces expériences est un petit peu comme se déguiser. Il s'agit de prendre un rôle social qui va de soi pour beaucoup de gens, de jouer avec et de le compliquer. Ça peut être drôle, passionnant, instructif, et ça peut pousser les gens sexuels autour de vous à remettre en questions leurs présomptions. Expérimenter avec la sexualité ne veut pas nécessairement dire avoir des relations sexuelles, ça veut dire faire des choses que la plupart des gens voient comme sexuelles même si vous ne l'êtes pas. Ça peut être flirter, raconter des blagues cochonnes, ou laisser la tension sexuelle se développer dans une relation.

D'après mon expérience, ces expérimentations suivent toujours le même modèle. Connaître ce modèle vous permet d'être prévoyant, de décider quand est-ce que ça vaut la peine d'expérimenter, et de le faire avec un objectif.

Voici comment transformer le sexe en quelque chose d'utile en six étapes simples :

Étape 1 : Impératif. Pourquoi expérimenter ? Parce qu'on vit dans un monde sexuel, où toute une série d'idées, d'activités et de sensations sont organisées en une hiérarchie centrée sur le sexe et les relations sexuelles. Prenez le fait d'embrasser quelqu'un. A moins que ce soit votre grand-mère, toucher les lèvres de quelqu'un d'autre avec les siennes est généralement considéré comme sexuel. C'est vrai, embrasser une personne ne veut pas nécessairement dire qu'on veut coucher avec elle, mais faîtes-le pendant un moment et tout le monde va vous regarder bizarrement et se demander pourquoi il ne se passe pas "plus". Dans le monde sexuel, des choses comme embrasser, flirter, sortir avec quelqu'un, parler à quelqu'un dans une soirée ou danser sont toutes considérées comme faisant partie de cette hiérarchie sexuelle : même si elles n'ont rien à voir avec le sexe ni en apparence ni en ressenti, elles sont toutes inexplicablement liées au désir de faire crac-crac.

Quand on expérimente avec la sexualité, on enfile nos vêtements de camouflage, on se faufile en territoire sexuel et on coupe ces liens. Si vous embrassez quelqu'un pour voir ce que ça fait, que vous aimez ça et que vous trouvez un moyen de l'intégrer à votre vie sans coucher avec qui que ce soit, vous avez fait un pas dans la direction d'un monde plus ouvert aux asexuels. Mais je vais trop vite ...

Étape 2 : Rejet. Quelle est la première chose que je fais quand quelque chose appartenant à la hiérarchie sexuelle attire mon attention ? Généralement je l'ignore. Expérimenter avec la sexualité peut demander beaucoup de travail voire donner la migraine, et je ne m'aventurerai en territoire sexuel que si ça paraît vraiment valoir la peine. Neuf fois sur dix, ce n'est pas le cas. Il n'y a aucun problème dans le fait d'expérimenter avec la sexualité, mais il n'y a pas non plus de raison de le faire si ça ne vaut pas le coup.

Étape 3 : Confusion. Je voudrais être clair : faire des expériences sur la sexualité ne rend PAS moins asexuel à moins qu'on ne le veuille. Il y a beaucoup de choses sur lesquelles on peut se sentir perdu quand on explore la frontière entre les mondes sexuel et asexuel, mais votre identité n'en fait pas partie. Ces expérimentations peuvent vous faire découvrir des facettes de vous dont vous ignoriez l'existence, mais elles ne changeront jamais qui vous êtes.

Mis à part l'identité, une certaine confusion est naturelle quand on se hasarde en territoire inexploré. Rappelez-vous que la communauté asexuelle est là depuis seulement quelques années. Les expérimentations combinant des gens ouvertement asexuels et des activités sexuelles traditionnelles sont encore un continent très peu exploré, et il n'y a pas moyen de savoir à l'avance ce qui pourra en résulter. Il faut accepter que tout ne soit pas parfaitement clair ; c'est bien pour ça qu'on veut expérimenter.

Étape 4 : Expérimentation. C'est difficile d'avoir un plan clair au milieu de cette confusion, mais plus le plan sera clair mieux ce sera. Personnellement j'essaie d'y réfléchir en termes de vert, orange et rouge : ce qui m'intéresse de faire, ce que je veux bien laisser faire et ce que je ne veux pas. (Par exemple, j'AIMERAIS draguer des gens à cette soirée, je VEUX BIEN les laisser penser qu'ils m'attirent sexuellement si c'est comme ça qu'ils l'interprètent, mais je ne VEUX PAS que qui que ce soit m'entraîne dans un coin à part.) Une fois que vous avez défini vos limites, jetez-vous à l'eau. Ne vous attendez pas à ce que ça paraisse naturel, la sexualité est un rôle appris, et vous pouvez avoir besoin de temps pour vous familiariser avec ce rôle (peut-être plus de temps que la majorité des gens sexuels, puisque vous n'aurez pas votre propre attraction sexuelle comme boussole.) Faîtes preuve de curiosité, essayez différentes choses, voyez ce qui marche, ce qui paraît intéressant et ce qui ne l'est pas. Rappelez-vous que c'est comme se déguiser : exagérez et amusez-vous. Une fois que vous avez trouvé vos repères, n'ayez pas peur de sortir du script sexuel habituel.

Qu'on soit à une soirée ou seul avec quelqu'un, l'expérimentation projetée va très probablement impliquer d'autres personnes. Parfois, il est impossible de tenir tout le monde totalement informé tout le temps. Précéder une session de drague par une explication du fait qu'on est asexuel et que c'est juste un test a des chances de gâcher l'ambiance. Ce ne sera pas possible de communiquer clairement et honnêtement tout le temps, mais il faut absolument expliquer les choses aussi ouvertement que possible dès l'instant où les autres personnes commencent à être sérieusement engagés dans l'histoire.

Étape 5 : Réflexion. Il est temps maintenant de laisser décanter les choses. Chaque fois que j'ai fait ce genre d'expérimentations, j'en ai apprécié au moins certaines parties, mais généralement pas la partie "sexuelle", et généralement pas exactement de la même façon que les gens sexuels. A mesure que je repasse les évènements dans ma tête, je vais trouver un moyen de séparer toutes les choses qui ne m'intéressent pas des choses qui m'intéressent.

Réfléchissez-y de la manière que vous préférez. Qu'est-ce que vous avez aimé ? Qu'est-ce que vous n'avez pas aimé ? Qu'est-ce qui semble simple à intégrer dans votre vie et qu'est-ce qui semble plus difficile ? Peut-être que l'expérience vous a montré des facettes de vous que vous ignoriez, peut-être que non. Si c'est le cas, prenez le temps de réfléchir à la place qu'elles peuvent prendre dans votre vie.

Étape 6 : Réinterprétation. Enfin, la partie cool. Maintenant que les choses sont plus claires, vous avez un nouvel outil dans votre répertoire asexuel. Quand vous avez extrait ce que vous aimez de la masse menaçante de la hiérarchie sexuelle, vous êtes libre de l'utiliser comme vous l'entendez. Une fois que vous y avez réfléchi, vous pouvez trouver des termes précis pour communiquer avec toute personne sexuelle (ou asexuelle) qui serait encore perplexe. Dès que tout fonctionne et est cohérent, pensez à en parler sur AVEN. L'asexualité est encore un territoire nouveau, et il faut des gens comme vous pour ouvrir la voie.

-DJ Danjerous