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18 oct. 2012

Comment les médias voient l'asexualité

Ceci est une traduction de Media imagery of asexuality, posté en avril dernier par aceupyoursleeve.


What is asexuality to the media?
Récemment il y eu une discussion à propos de la couverture d'une potentielle anthologie d'histoires d'amour asexuelles, The Heart of Aces. Tout a déjà été dit, mais ça m'a rappelé autre chose que je voulais faire. Donc voici une analyse des images que les médias considèrent appropriées pour illustrer des articles sur l'asexualité, parce qu'elles ont l'air de tomber dans plusieurs catégories, donc je peux peut-être en apprendre quelque chose. Je mettrai les liens des articles, mais ce n'est pas une critique de ce qu'ils disent ; ce qui m'intéresse, c'est le type d'image qu'ils utilisent. Et après chaque catégorie, je ferai un commentaire sur ce que je crois avoir appris de l'asexualité d'après l'image, et (pour les gens peu au courant de l'asexualité) pourquoi je trouve que ça fonctionne ou pas, dans l'éventualité où des gens googleraient frénétiquement en ce moment pour trouver l'inspiration pour le type de photos qui accompagnera leur article sur l'asexualité.

Pour ceux d'entre vous qui ont plus un penchant visuel, j'ai fait un système simple qui évalue comment ces représentations visuelles me font me sentir moi, parce que sinon quelqu'un de perdu serait capable de rater carrément ce que je veux dire :



Le camp des gens sans sexe ou en plastique

C'est la catégorie la plus ridicule, parce que j'imagine des journalistes s'énerver et s'écrier "On n'a pas la moindre idée du type d'image qui serait approprié ici. Pas de sexe ? Essayez une barbie, elles n'ont pas de sexe. Ou une poupée !" En fin de compte, c'est une catégorie désastreusement répandue.

Ce que j'ai appris : Les asexuels n'ont pas d'organes sexuels.

Pourquoi les poupées en plastique ne marchent pas : Ces images n'ont aucun rapport ! Je ne suis pas né-e dans une boîte avec des sous-vêtements en plastique imbriqués à mon corps. L'histoire devrait s'arrêter là, mais j'ai entendu parler de manuels sur la sexualité qui répandent l'idée qu'être asexuel veut dire être né-e sans organes sexuels, donc s'il vous plaît n'aidez pas cette erreur à se propager encore plus. Si ce que je dis vous surprend, voici des sites sur l'asexualité. Allez plutôt lire ça, vous avez des choses à apprendre.

En résumé : On est vraiment dans le n'importe quoi, si vous en êtes réduit à mettre une poupée en plastique pour représenter une minorité sexuelle, vous feriez mieux de ne pas mettre d'image du tout.

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Le camp des couples sortis des banques d'images

Ceux-là méritent leurs propres commentaires. Certains sont ce que j'appelle des "couples indifférents", d'autres sont des "couples à-bonne-distance", mais je vous laisserai le soin de décider lesquels sont quoi.

Un hipster refuse d'excellents chocolats de Saint-Valentin, ou, comme dit de manière éloquente la recherche par image de Google, "rejeter quelqu'un". Image aussi utilisée pour "Comment dire non à quelqu'un avec classe le jour de la Saint-Valentin", "J'ai demandé à quelqu'un s'il voulait sortir avec moi et il a dit oui ...pour blaguer", "Est-il un bourreau des cœurs ?", et "Vous vous trouvez nul en amour ?"

Ce que j'ai appris : Les A refusent votre amour et/ou vos chocolats.

C'est l'image "Pieds d'un couple au lit. Séparation et divorce" ! Généralement mise avec des textes sur les problèmes d'érection et autres dysfonctionnements sexuels.

Ce que j'ai appris : Les couples asexuels sont incapables d'acheter des draps suffisamment longs.

Shutterstock appelle cette photo "La jeune femme malheureuse avec une migraine et son joyeux mari regardant la télé au lit. Le conflit familial" Au premier abord, il n'a pas l'air très joyeux, mais je vous assure, c'est comme ça qu'un asexuel sourit.

Ce que j'ai appris : L'asexualité est causée par des maux de têtes serre-têtes chroniques.

C'est l'image "jeune couple se souriant au bord de l'eau". Ils se touchent intimement par l'extrémité du coude. Cette photo est aussi disponible en couleur, mais je ne peux pas le savoir parce qu'en tant qu'asexuel-le, je ne vois qu'en niveaux de gris. Au moins ils ont l'air assez heureux. C'est peut-être parce qu'ils ont une piscine infinie.

Ce que j'ai appris : Malgré notre mode de vie incolore, les asexuel arrivent à sourire.

Shutterstock explique : "Portrait d'un jeune homme malheureux assis seul pendant que sa femme dort dans le lit". Aussi vue avec "4 signes que vous utilisez le sexe comme une arme" et divers articles sur l'éjaculation précoce.

Ce que j'ai appris : Je commence à me dire que le couple aux pieds et le couple à la migraine doivent être bien jaloux de la femme de ce gars. Elle doit être la seule à bien dormir dans le coin.

Enfin un couple heureux ! Ils s'habillent pareil, se tiennent la main, et sont aussi loin que possible l'un de l'autre sans se fatiguer le bras.

Ce que j'ai appris : La distance et la coordination des couleurs sont les clés de l'harmonie dans une relation asexuelle. Pas mal, mais ne vous rapprochez surtout pas !

Voici un couple qui se regarde avec appréhension à travers l'espace entre leurs lits jumeaux, dans un mièvre bonheur conjugal.

Ce que j'ai appris :  Les couples asexuels vivent dans les années 50 et choisissent des couleurs ternes pour leurs habits et leurs décors.

Pourquoi les couples indifférents ou à-bonne-distance des banques d'images ne marchent pas : Les asexuels ne vivent généralement pas une vie sans passion, et on ne passe pas tout notre temps sur des draps blancs à ruminer toutes ces relations sexuelles qu'on a soi-disant pas. Si vous pensez utiliser une photo qui va d'habitude avec les articles sur le divorce et les problèmes d'érection, pour un article basique type "L'asexualité existe", essayez de réfléchir une minute à pourquoi ça pourrait être problématique. L'autre lecture de beaucoup de ces photos est que une seule personne dans chaque couple est asexuelle et qu'ils se rendent malheureux l'un l'autre à cause de ça, ce qui n'est pas une insinuation très sympathique pour les asexuels et leurs partenaires. Une personne asexuelle peut très bien avoir autant envie d'intimité que n'importe qui, et peut avoir des relations sexuelles ou non. Bien sûr les asexuels aromantiques ne sont pas représentés par ces images se concentrant sur le couple classique, et toutes ces images donnent une vision hétéronormative, alors que dans la communauté asexuelle, ce n'est pas le cas. Quelqu'un de plus intelligent que moi pourrait écrire des pages là-dessus.

En résumé : Par pitié, ne projetez pas ce que vous imaginez sur nos relations.

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Le camp des demoiselles grises et tristes

C'est un camp qui émerge ; je ne pense pas que ce soit vraiment un camp encore, et ça n'en deviendra peut-être pas un. Ouvrez l’œil pour voir s'il devient quelque chose de cette catégorie naissante. La première demoiselle grise a un mur en stuc à caresser. La deuxième n'a pas de mur, alors elle est encore plus triste.

Ce que j'ai appris : Les asexuels sont délicats, pâles, et nus.

Pourquoi les demoiselles grises et tristes ne marchent pas : En fait, personnellement je suis plutôt pâle. Vous avez raison là-dessus.

En résumé : Ça n'a rien à voir avec mon orientation sexuelle.

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Alors comment se place The Heart of Aces ?

Je dirais que c'est un mix entre le couple indifférent tiré d'une banque d'images et les demoiselles grises et tristes. On a les draps blancs, la main dans la main à distance et les vêtements assortis des couples de banque d'images, avec la pâleur, la nudité et le malaise des demoiselles grises. On peut aussi y voir les gens en plastique ; elles sont un peu raides et étonnamment désexualisées pour des gens en lingerie sexy.

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J'ai gardé le meilleur pour la fin, le camp des photos d'asexuel-les :

C'est mon camp préféré parce qu'on est dans le domaine du réel, et que les draps blancs sont réduits au minimum. On a des couples A, des relations sexuel-asexuel, des asexuel-le-s aromantiques, des homo-romantiques, etc. Il y a eu une inquiétude pour la couverture de Heart of Aces, et je voudrais soulever le problème ici. J'ai bien regardé s'il y avait des articles de médias avec des personnes de couleur asexuelles représentées sur les photos, et j'ai vraiment eu du mal à en trouver. Siggy en parle, et il y a un tumblr ici.

Ce que j'ai appris : Je suppose que les médias ont du mal à illustrer l'asexualité parce que si vous prenez une photo d'un-e asexuel-le, c'est juste une photo d'une personne, et ce n'est probablement pas assez intriguant. C'est possible aussi qu'ils n'aient pas facilement accès à des photos de vrai-e-s asexuel-le-s, bien que je ne trouve pas que ce soit une excuse pour mettre une image qui n'a aucun rapport avec nous.

Pourquoi ça marche : C'est très simple. Les personnes asexuelles sont des personnes réelles.


11 sept. 2012

L'asexualité, un refus de se poser plus de questions sur son orientation ?

Une des réactions des gens en apprenant qu'on est asexuel·le tourne autour de l'idée qu'on se "ferme" en se déclarant asexuel·le, qu'il faut rester "ouvert à d'autres possibilités". Pourtant la communauté asexuelle est particulièrement ouverte au questionnement. Depuis le début des communautés A, les asexuels remettent en question les définitions de l'attirance sexuelle, décrivent leurs expériences à travers les orientations romantiques, construisent les relations qui leur conviennent, pas forcément à l'intérieur des boîtes "romantique" et "platonique", et passent beaucoup de temps à en discuter.

Notre vision des choses est plutôt que l'important est de se connaître et d'être à l'aise avec son identité, quelle qu'elle soit. Alors se dire asexuel·le pour éviter d'autres questions ... ce serait une drôle d'idée.

Je cherchais un post sur ce sujet-là à traduire, et voilà ce que j'ai trouvé ! Mieux qu'un article, une image caricaturant l'accueil fait aux nouveaux ! L'image vient de
Asexual Curiosity, et l'auteur explique :
C'est grosso modo la réaction habituelle à quelqu'un qui arrive dans la communauté asexuelle. Ça explique pourquoi c'est un des pires endroits pour refouler sa sexualité.


http://asexualcuriosities.wordpress.com/2011/07/20/said-the-bad-asexual-fairy/
http://asexualcuriosities.wordpress.com/2011/07/20/said-the-bad-asexual-fairy/
Génial, t'es asexuel·le ! Est-ce que tu as déjà trouvé ton orientation romantique ?? On en a tous une ! (plus ou moins) Le gars là-bas est homo-romantique, il est attiré par les gens du même genre que lui, mais pas sexuellement ! C'est pas super ? Mais c'est pas fini ! Si ça t'aide pas, tu peux découper les concepts d'attirance de plus en plus finement jusqu'à ce que tu comprennes vraiment bien ce qui te fait marcher, et, hé regarde, une discussion sur les modèles d'intimité non traditionnels, tu viens ? Nous on s'en fiche de ce que tu décideras que tu es, l'important c'est que tu sentes que ton étiquette te corresponde et soit confortable, et si ces mots-là fonctionnent pas, t'as qu'à en inventer !! Invente des mots ! Vas-y ! C'est amusant ! Tiens, essaie quelques jeux de mots ! Ça te va ? Non ? Et ça ? Est-ce que ces modèles t'aident ? Regarde ! Je t'ai fait un graphe ! Et un autre graphe, j'aimais pas le premier ! Tu es à l'origine ! Maintenant tu es spécial·e ! Hourra ! Regarde, voilà un diagramme ridiculement compliqué ! Combien de dimensions en plus il te faut ? J'en suis à 26 ! Tu devrais essayer de tracer tes orientations vers les hommes et les femmes et peut-être les gens dont le genre n'est pas binaire ! Tu t'es pas encore posé des questions sur ton genre au fait ? Allez hop ! C'est supeeeeeer ! Et c'est quoi le genre de toute façon ? Reprends quelques étiquettes ...


17 mars 2012

Guide de l'asexualité pour les féministes pro-sexe

Ceci est une traduction de An Asexual Map for Sex-Positive Feminism, posté par Kaz sur le site Feministe en février 2012. L'article propose pas mal de liens, tous en anglais évidemment, mais je trouve que le texte a suffisamment d'intérêt en lui-même, même si on ne suit pas les liens.


Au point où en sont les choses, beaucoup d'asexuels qualifient le mouvement pro-sexe de malsain pour eux. C'est un problème qui doit être abordé par la communauté.

Une stratégie pour contribuer à changer cela est de parler davantage des préoccupations des asexuels, et plus généralement de ce qui concerne les gens qui ont peu de désir sexuel. Il est évident que beaucoup ne se sentent pas les bienvenus dans un mouvement qui s'occupe rarement de leurs problèmes, et où il est fréquent que les gens ne connaissent même pas les informations essentielles sur l'asexualité, comme le vocabulaire, les définitions et les problèmes courants. Cela servirait aussi à rendre visible les attitudes sexuellement normatives et anti-asexuel de la communauté féministe. Par exemple, quand on discute d'asexualité en public, les détournements prétendant s'inquiéter de la santé des asexuels sont nombreux, et vont jusqu'au rejet pur et simple de l'asexualité. La diabolisation des asexuels qui sont en couple est fréquente aussi. J'imagine qu'une personne pro-sexe qui voudrait combattre ces idées à la racine ne saurait pas où les trouver, alors que pour une personne asexuelle c'est souvent comme traverser un champ de mine.

Cela dit, j'imagine bien que "parler plus de l'asexualité et de nos problèmes" ne renseigne pas beaucoup quelqu'un qui n'aurait aucune idée ni de quoi on discute, ni de où se renseigner.

Donc, si vous êtes intéressé, je vous fais une petite introduction à l'asexualité en ligne : des liens vers des blogs, des explications sur les problèmes courants, et nos sujets de discussion. Je pense qu'il y a des sujets qui ont de l'intérêt pour d'autres gens que seulement les asexuels, et certains qui profiteraient réellement aux gens sexuels aussi. Pour être honnête, en général je trouve que tout mouvement qui prétend défendre les libertés sexuelles et qui s'occupe presque exclusivement des problèmes des gens dont le désir sexuel est dans la moyenne ou au dessus va passer à côté de questions primordiales, et que ça a de fortes chances de finir avec de nouvelles normes et obligations sexuelles. Je pense que le mouvement pro-sexe a besoin de l'asexualité, a besoin de réfléchir à ce côté des choses et aux problèmes auxquels les gens sont confrontés ici. Mais même si vous n'êtes pas d'accord, j'espère que certains des articles et des discussions vous seront utiles.

Blogs asexuels

Writing from Factor X, de Sciatrix. Elle est un peu moins active maintenant, mais elle faisait des listes de lecture hebdomadaires, et il y a une bonne liste de blogs.1

Asexual Curiosities, de SlightlyMetaphysical

Asexy Beast, d'Ily

Shades of Gray, d'Elizabeth

Charlie the Unicorn, de Charles

Hypomnemata, de Minerva

Confessions of an Ist, de Aydan

Love from the Asexual Underground, de David Jay. DJ est grosso modo le visage de l'asexualité, puisqu'il est le fondateur d'AVEN, la principale communauté. Son blog a peu d'activité, mais il a écrit des choses remarquables.2

Verbs not Nouns. Celui-ci est axé en particulier sur l'asexualité et le BDSM.

C'est juste un aperçu ; vous trouverez beaucoup d'autres blogs à partir de ceux-là (la liste de blogs chez Sciatrix est longue et à jour). Il y a aussi un festival de blogs asexuels, dont le post organisateur est chez Writing from Factor X.

En plus, vous croiserez probablement des mots que vous ne connaissez pas. La communauté asexuelle a un florilège de vocabulaire, et utilise d'autres termes (par exemple "libido") dans des sens très spécifiques. Charles a un bon glossaire, et il y a le wiki d'AVEN. (AVEN est souvent ce qui sera conseillé en premier pour avoir des infos sur l'asexualité. Le site principal a de bonnes informations, même si elles sont quelque peu dépassées, mais les forums ont des problèmes et je ne les recommande pas.)

Questions d'intérêt

Les définitions exploitables du consentement pour la communauté asexuelle. C'est plutôt compliqué. D'un côté, il y a bien des asexuels qui ont des relations sexuelles, qui peuvent prendre du plaisir au sexe, ou que ça ne gêne vraiment pas, ou qui le font pour faire plaisir à leur partenaire ou pour n'importe quelle autre raison, et la plupart d'entre eux ne rempliraient pas le critère du consentement enthousiaste3, mais seraient assez irrités d'apprendre qu'ils sont incapables de donner leur consentement. Mais d'un autre côté, ça rejoint ...

... Le problème du compromis. Les asexuels sont très exposés à un certain type de culture du viol, selon lequel dans un couple, le sexe est un dû à son partenaire, parce que refuser d'avoir des relations sexuelles est mal, injuste et cruel. Et dans les communautés asexuelles, on parle beaucoup de compromis : en gros, coucher avec son partenaire même si on n'en a pas le désir intrinsèque nous-mêmes. Comme vous pouvez l'imaginez, ça peut mal tourner. C'est encore une discussion que beaucoup de milieux pro-sexe ne gèrent pas très bien, parce que dans cette situation il y a souvent très peu d'empathie pour le partenaire asexuel (ou dans le même genre, pour le partenaire qui a moins de désir sexuel). En fait, ils sont même souvent diabolisés quand le sujet vient sur la table. Il y a aussi très peu d'empathie pour le fait que pour les asexuels, cela rejoint ...

... Le problème du nombre. Beaucoup d'asexuels sont romantiques (généralement avec un préfixe d'orientation : hétéroromantique, homoromantique, biromantique) et tombent quand même amoureux et ont envie d'être en couple. Ils éprouvent de l'attirance romantique mais pas sexuelle. Sortir uniquement avec d'autres asexuels est le plus souvent très irréaliste : c'est une orientation rare, très peu visible, et très variée. Pour une femme homoromantique, les candidats sont les femmes asexuelles homoromantiques ou biromantiques, approximativement 0,1% de la population, sans même prendre en compte le peu de visibilité de l'asexualité. J'ai rencontré en vrai un total de un autre asexuel, sans prendre l'avion spécialement pour les voir. Sortir avec des gens hors de la communauté asexuelle est généralement la seule option, ce qui veut dire que la question du sexe doit être abordée.

Aussi en lien avec le nombre : certaines personnes sont aromantiques, c'est-à-dire qu'ils n'éprouvent pas d'attirance romantique. Et d'autres, comme moi, se disent "attendez une seconde, qu'est-ce que c'est que cette histoire d'«attirance romantique», et où est-ce que vous mettez la limite entre ça et les relations platoniques ? Je ne comprends pas ! Comment faites-vous la différence entre l'amour romantique et l'amour pour un ami ? ..."

Récemment, on s'est mis à appeler ça cqcb-romantique4 (même si j'aime bien appeler ça "l'orientation romantique de la division par le concombre" et que d'autres gens ont sûrement leurs termes préférés), pour dire que ça n'a aucun sens, qu'on ne comprend même pas la question. Ce qui occupe pas mal nos échanges, c'est des choses comme les relations qui ne rentrent pas dans l'opposition amour/amitié, la fidélité émotionnelle, la vie en commun et l'intimité hors des relations amoureuses, etc. Il y a des recoupements intéressants à faire avec le polyamour.

(Quelques termes spécifiques que vous pourriez rencontrer sur le sujet : "queerplatonique" désigne un lien ou une relation émotionnelle forte qui ne soit pas amoureuse, une "courgette" est un partenaire queerplatonique, et il y a divers jeux de mots sur les légumes basés là-dessus, de "potiron", la personne pour qui on a un faible queerplatoniquement, à "courgeter", flirter queerplatoniquement.)

Il y a aussi des échanges à propos du mouvement pro-sexe. Ce que vous ne savez peut-être pas, c'est qu'il y a souvent une pression exercée sur les asexuels pour qu'ils se déclarent pro-sexe et se comportent d'une manière "pro-sexe" pour prouver qu'ils ne croient pas les sexuels moralement inférieurs et ne sont pas anti-sexe. (Notre identité est fréquemment interprétée comme intrinsèquement anti-sexe, et/ou comme un jugement sur les autres, même quand il est dit explicitement que ça décrit des sensations personnelles, et pas un comportement. Cela arrive particulièrement souvent aux demisexuels5.)

Je ne suis pas pro-sexe. C'est principalement parce qu'on m'a fait sentir que je n'étais pas la bienvenue parmi les féministes pro-sexe, mais c'est aussi partiellement en réaction contre cela. J'en ai marre d'avoir l'impression que ne pas se faire le porte-parole des merveilles du sexe (pour les sexuels) veut dire que je suis anti-sexe et que je donne une mauvaise image de l'asexualité. J'en ai marre qu'on dise aux asexuels qu'ils ne devraient pas parler de leurs propres expériences négatives avec le sexe sous prétexte qu'il faut impérativement être pro-sexe.

Ceci dit, ces deux dernières années, j'ai vu davantage de gens hors de la communauté asexuelle qui cherchaient activement à engager la discussion d'une manière constructive sur les problèmes asexuels. J'ai beaucoup d'espoir que cette tendance continue !

Bons exemples d'articles par des alliés

Mary Maxfield Brave parle de son expérience dans les milieux asexuels, et de ce que les sexuels peuvent apprendre des communautés asexuelles.

Heather Corinna du site d'éducation sexuelle Scarleteen demande des idées pour inclure l'asexualité dans l'éducation sexuelle.

Chally parle de l'asexualité sur Feministe.

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1 Un article de Sciatrix en français
Les articles traduits de Love from the Asexual Underground
3 Le consentement enthousiaste est un modèle proposé par la communauté pro-sexe selon lequel on ne peut consentir à des relations sexuelles qu'avec enthousiasme (qu'il soit verbal ou non). L'intérêt de cette définition est de montrer que la simple absence de "non" n'est pas un consentement valide, pour mieux combattre le viol. Par contre elle pose problème car il serait impossible pour les prostitués, les asexuels, ou même des gens essayant de concevoir un enfant pendant l'ovulation par exemple, de consentir.
4 cqcb-romantique : cestquoicebordel-romantique. (whatthefuck-romantic en anglais)
5 Les demisexuels n'éprouvent pas d'attirance sexuelle, sauf s'ils développent un lien émotionnel fort avec quelqu'un.

25 févr. 2012

Identité en VO

Ce texte est une traduction de Muttersprache, posté par Kaz en mai 2011 pour le festival A Carnival of Aces, 2e édition. Le thème était "l'intersection entre la race, l'ethnicité, la culture ou la nationalité, et l'identité asexuelle".


Bonjour, je m'appelle Kaz. Je suis asexuel·le. Le sexe me repousse. Mon orientation romantique est plutôt compliquée ; on pourrait appeler ça "divisé par concombre" ou "wtfromantic"1. Je réponds aussi à quelque chose entre aromantique et homo-romantique, et à homo-romantique-gris2 même si ça ne me correspond pas complètement, et même si "homo-romantique" n'est pas vraiment juste étant donné le détail que je suis genderqueer3. En tout cas, je cherche quelque chose qui n'est ni platonique ni romantique, mais queerplatonique4 ; je cherche une courgette5. Comme vous l'avez sûrement deviné, je passe pas mal de temps à essayer de décortiquer tous les morceaux qui constituent les identités asexuelles.

Hi, ich bin Kaz. Ich bin asexuell. Ich bin... äh... abgestoßen? Das kann's wohl nicht sein. Meine... romantische... sag mal, wie übersetzt man "wtfromantic"? "queerplatonic"? "zucchini"?! OK, ich geb auf.

[Traduction : Bonjour, je m'appelle Kaz. Je suis asexuel·le. Je suis... heu... "abgestoßen" ? Ça ne peut pas être ça. Mon... orientation... dis donc, comment on traduit "wtfromantic" ? "queerplatonic" ? "courgette" ?? Ok, je laisse tomber.]

Une des choses que je trouvais et trouve toujours vraiment frustrante et dommageable en tant qu'asexuel·le, était de ne pas avoir de mots pour les choses que je voulais : la façon dont je voyais le sexe, l'amour, les relations, était tellement inconnue que je n'avais aucun modèle, aucun exemple, et pas de nom pour les choses. Et je pense que vous savez comment continue l'histoire : je me suis baladé·e sur AVEN pendant un moment et j'ai repris leur vocabulaire, et après en être parti·e j'ai rencontré toute sorte d'asexuels avec qui je m'entendais bien, et ensemble on a commencé à partager nos expériences, à découvrir les formes de nos désirs et à forger nos propres mots. Je crois que c'est un processus extraordinaire et passionnant, et actuellement, au lieu de me mettre à bafouiller ou à dire que je suis détraqué·e, je peux vous sortir un paragraphe comme celui d'au-dessus pour décrire qui je suis et ce que je cherche.

En anglais.

En allemand ? J'en suis toujours à bafouiller.

Il est indubitable que c'est en partie de ma faute, parce que je ne suis jamais allé·e voir la partie allemande d'AVEN (même si je ne suis pas sûr·e qu'elle existait quand j'ai découvert le site en 2005), que je n'ai pas cherché d'informations sur les A allemands, ni de blogs allemands A. J'ai l'habitude de tout faire en ligne en anglais, vous voyez. J'ai réalisé un peu trop tard que si j'explore en ligne des parties vitales de mon identité, ça veut dire que je ne peux pas parler de certaines parties vitales de mon identité dans ma propre langue maternelle.

Je devrais probablement chercher les traductions dont j'ai besoin. (Et regardez comme rien que l'utilisation de ce mot montre le problème : traductions. Prendre les concepts de l'anglais et essayer de trouver un moyen de les décrire en allemand. Jamais dans l'autre sens.) Certaines existent, j'en suis sûr. Mais elles ne sont pas répandues, je ne les ai pas entendues, et j'ai simplement été trop lâche pour les chercher. J'ai été l'asexuel·le qui savait ce qu'ille était, pour qui les différentes catégories, groupes et noms sont passés dans le vocabulaire courant depuis longtemps. Trop longtemps pour qu'être de nouveau réduit au silence soit facile à vivre. L'idée de reprendre à zéro avec seulement le mot "asexuell" comme point de départ me fait peur, donc au lieu de ça j'évite la question.

De toute façon, d'autres parties du vocabulaire n'existent probablement pas en allemand. Certains mots ont été inventés sur mon blog ou sur d'autres, par moi ou mes amis, et je les ai vus se développer et se répandre avec plaisir, mais je ne peux pas m'empêcher de douter que nos discussions sur la déconstruction de l'opposition amour-amitié aient pu passer carrément dans une autre langue.

Donc je me contente de parler anglais. Et je ne suis pas bien sûr·e de pouvoir expliquer le décalage que ça cause.

Un exemple. Quelque chose que j'ai pensé, récemment : est-ce que c'est une des raisons pour lesquelles je n'ai pas vraiment mis ma famille au courant ? Ma tentative de leur dire était plus pour le principe qu'autre chose, je ne suis même pas sûr·e d'avoir prononcé le mot "asexuell" en en parlant à ma mère, et je n'ai pas vraiment essayé de le dire à mon père du tout. Je sais qu'il y a d'autres raisons, mais en y réfléchissant, une conversation sur le sujet serait probablement forcé de commencer comme ça :

Kaz: Hey Mama, kann ich mal was mit dir besprechen?
Kaz's mum: Ja, was ist denn?
Kaz: Klasse, ich erklär's dir gleich. Aber, äh, ich muss erst die Sprache wechseln...

[Traduction :
Kaz -- Eh Maman, je peux te parler ?
Mère de Kaz -- Oui, qu'est-ce qu'il y a ?
Kaz -- Cool, je vais t'expliquer. Mais heu... d'abord il faut que je change de langue ...]

Et je ne crois pas que je puisse affronter ça.

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1 WTFromantic (prononcer "what-the-fuck-romantic") : mot utilisé par des gens qui n'ont pas envie d'une relation amoureuse au sens classique mais ne sont pas non plus aromantique, et qui ne trouvent pas d'autre mot pour se décrire.
2 Asexuel-gris : personne qui se trouve dans la zone grise entre sexualité et asexualité (cf le logo d'AVEN).
3 Genderqueer : identité de genre qui n'est ni homme ni femme.
4 Relation queerplatonique : relation hors de l'opposition amoureuse-platonique.
5 Courgette : partenaire dans une relation queerplatonique.